Familles et motifs personnels sont des excuses faciles lorsque vient le temps d'expliquer la décision de quitter un job et une organisation. Ils le sont davantage lorsque c'est l'organisation qui décide d'ouvrir toute grande la porte à celui qui s'en va.

François Gagnon LA PRESSE

On a eu droit à un bel exemple du genre la semaine dernière dans le cadre du divorce soi-disant à l'amiable entre les Alouettes et leur ancien président Ray Lalonde. Fort heureusement, les belles paroles des Alouettes et les paroles creuses de Ray Lalonde n'ont pu faire contrepoids à la réalité toute simple d'une invitation à prendre la porte.

Dans le cas de Dale Hunter, c'est différent. Les raisons familiales avancées pour justifier sa décision de tourner le dos aux Capitals et au job d'entraîneur-chef qui aurait été le sien tant et aussi longtemps qu'il en aurait voulu ne font aucun doute.

Surtout que deux familles tiraient sur les bras de Hunter pour le rapatrier à la maison: sa famille au sens propre et celle composée des jeunes joueurs et autres membres de l'organisation des Knights, son équipe junior qui trône sur London et au sommet de la Ligue de hockey junior de l'Ontario.

Remarquez que les deux familles entretiennent des liens étroits. Car en plus de partager la propriété des Knights avec son frère Mark et avec son ancien coéquipier Basil McRae, Dale Hunter comptait sur son fils Dylan à titre d'adjoint derrière le banc. Sans oublier que son père Dick, malgré ses 76 ans bien comptés, assume toujours un rôle de dépisteur pour améliorer cette équipe junior, l'une des meilleures du circuit canadien depuis que les Hunter en sont devenus les heureux propriétaires en 2000.

Pas de vedettes à dorloter

La décision de Hunter de quitter les Capitals et la Ligue nationale pour les Knights et la Ligue junior de l'Ontario était prévisible. Elle était même attendue.

La semaine dernière, à Washington, après que les Caps eurent forcé la tenue d'un septième match, les collègues qui ont côtoyé Hunter au cours de la saison assuraient que seule une conquête de la Coupe Stanley pourrait le garder dans la capitale américaine. Et encore!

Pourquoi tourner le dos à la Ligue nationale et à une équipe qu'il a finalement mise à sa main en séries éliminatoires après des résultats intéressants (30 victoires, 23 revers et 7 défaites en prolongation) en saison régulière?

Parce que Hunter n'a pas besoin des vedettes des Capitals pour être heureux. En fait, plus il s'en éloignera, plus il sera heureux. Sa gestion du banc en fin de saison et en séries éliminatoires témoignait aussi de sa décision de donner un grand coup, d'obtenir des résultats et de partir dès la première occasion venue.

Parce qu'il savait très bien que l 'appel des Knights était plus fort que celui des Capitals, Hunter ne s'est pas préoccupé de ménager les susceptibilités de ses vedettes pour éviter une mutinerie. Il a agi. Le reste de l'équipe a suivi. Les résultats aussi. Dans le contexte des séries, cette combinaison suffisait à faire taire les critiques.

Mais au retour de l'équipe à l'automne, avec une très longue saison à traverser, il aurait été impossible pour Hunter de maintenir cette poigne de fer dans un gant de fer sans perdre le contrôle de son club. Le gars a quand même passé 19 ans dans la LNH, il sait comment ça se passe. Cela l'a grandement aidé à ne pas se laisser éblouir par les artifices reliés à un job prestigieux d'entraîneur-chef dans la LNH.

Car n'en doutez pas une seconde: les Capitals, dont le directeur général George McPhee, tenaient à Dale Hunter. À un point tel que McPhee était prêt à offrir à son coach un contrat dont il aurait lui-même déterminé la durée et le salaire.

Une leçon pour Patrick Roy?

Dale Hunter a finalement dit non. D'abord, il n'a pas besoin d'argent. Il en a fait beaucoup au cours de sa carrière. Il en fait encore beaucoup à titre de propriétaire des Knights, qui remplissent les 9046 sièges du John Labatt Centre tous les matchs.

Et comme on le verra en fin de semaine à Shawinigan où il débarquera avec son équipe, sa vraie équipe, Hunter travaille dans le plaisir entouré des membres de sa famille et des jeunes joueurs qui la composent.

De fait, sa situation n'est pas sans rappeler celle de Patrick Roy avec les Remparts de Québec.

Bien que des rumeurs l'envoient derrière le banc du Canadien depuis qu'il s'est retrouvé derrière celui des Remparts, Roy a toujours assuré qu'il éprouvait un vrai plaisir à diriger son équipe. Le fait de diriger ses fils, de faire du fric avec ses associés dans un Colisée que les Remparts ont réussi à faire revivre après le départ des Nordiques en 1995, de régner sur Québec avec ses partenaires et le maire Labeaume et sur le hockey junior québécois et canadien n'a certainement pas nui.

Mais il disait sans doute la vérité quand il proclamait ressentir un réel plaisir à apprendre son job d'entraîneur tout en apprenant à ses jeunes joueurs à jouer au hockey.

L'expérience de Dale Hunter à la barre des Capitals refroidira peut-être les ardeurs de Patrick Roy dans sa quête d'un banc derrière lequel faire les 100 pas dans la LNH. Que ce soit à Montréal ou ailleurs.

Car s'il a sans doute les capacités pour relever ce défi, il est loin d'être acquis qu'il en retirera le même plaisir. La même satisfaction. En passant, M. Bergevin: c'est pour quand la nomination de votre entraîneur-chef?