Le Québec s'est bercé d'illusions, fier d'avoir mieux résisté à la récession que ses voisins, de sa reprise plus rapide, de son taux de chômage inférieur à celui de l'Ontario. Il y a eu beaucoup de pétage de bretelles.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Eh bien, le party est fini. Les dernières données de l'Enquête sur la population active nous disent qu'il y a eu une spectaculaire perte de 25 700 emplois en décembre, tandis que le taux de chômage, qui a bondi à 8,7%, dépasse maintenant celui de l'Ontario d'un point de pourcentage.

Pour bien des gens, ces événements ont été une douche froide. Ces données indiquent que l'économie québécoise n'était pas en teflon, et qu'après un bref moment de gloire, elle semblait vouloir retourner à sa relative médiocrité. Que s'est-il passé?

Évidemment, il est dangereux de réagir trop vivement à des données mensuelles, sujettes à des fluctuations ou à des erreurs statistiques. La chute des emplois en décembre peut être un accident. Mais elle s'inscrit dans une tendance plus lourde. L'emploi a cessé de progresser, pour ensuite décliner, à partir du mois de mai. Depuis le printemps, le Québec a perdu 78 000 emplois, pour revenir aux niveaux de l'automne 2008. À cette perte en quantité s'ajoute une perte de qualité, le remplacement d'emplois à temps plein par des postes à temps partiel ou du travail autonome.

À cela s'ajoute un autre indice, plus troublant. La meilleure façon de mesurer la vigueur du marché du travail, ce n'est pas le taux de chômage, mais plutôt le taux d'emploi, qui mesure la proportion de la population qui détient un poste. Ce taux d'emploi est passé de 61,4% avant la récession à 59,1% en décembre, et il est toujours en baisse ces derniers mois. Si nous avions le même taux d'emploi qu'en 2008, cela représenterait 151 000 emplois de plus.

Que s'est-il passé? La façon dont le Québec a réagi à la récession a créé une illusion de prospérité qui ne reposait pas sur une base tangible. Cette résilience de l'économie n'était hélas pas un signe de son dynamisme ou de sa compétitivité. D'autres forces étaient à l'oeuvre, comme je l'ai souvent écrit.

D'abord, le fait que l'économie ne pétait pas le feu quand la crise a éclaté. Elle n'est donc pas tombée de bien haut. Ensuite, la Providence, qui a voulu que le vaste programme d'infrastructures - qui n'avait pas été conçu pour relancer l'économie, mais plutôt pour éviter que des viaducs nous tombent sur la tête - s'est mis en branle exactement quand la crise a frappé. Enfin, le fait que nos voisins, surtout l'Ontario, aient été plus frappés, a faussé les perceptions: ce n'est pas le Québec qui allait bien, mais plutôt les autres qui allaient mal.

Tout cela explique le recul moins marqué au Québec en 2009 et son retour plus rapide à la normale. Mais la réalité nous a rattrapés. La croissance, comme c'est en général la norme, a été plus faible que la moyenne canadienne en 2011. Ce sera aussi le cas en 2012. Tandis que l'Ontario retrouve progressivement son rythme de croisière.

Mais ça n'explique pas pourquoi le marché du travail québécois se dégrade maintenant, quand on ne voit pas la même chose ailleurs au Canada. Le ralentissement économique devrait provoquer un plafonnement de la création d'emplois, mais pas des pertes comme celles que l'on observe. C'est d'autant plus inquiétant que les efforts de rigueur budgétaire viendront empirer la situation.

Ces indices nous rappellent que l'économie québécoise est fragile, et qu'il faudra redoubler d'efforts pour assurer son dynamisme. On n'y arrivera certainement pas en disant non à tout, comme on le fait trop en ce moment.