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Ce fut un privilège

Réjean Tremblay
La Presse

(Bucarest, Roumanie) J'ai rencontré Muhammad Ali à plusieurs reprises. J'étais là pour les saisons de 50 buts de Guy Lafleur. Et j'étais là assez souvent pour devenir un ami. J'étais franc-tireur aux Jeux olympiques de Montréal et je pouvais couvrir ce qui était le plus important dans la journée. Y compris l'extraordinaire Nadia Comaneci.

J'étais seul aux Jeux olympiques de Moscou en 1980. Des Jeux boycottés par l'Ouest. L'Union soviétique, le Kremlin, le Rideau de fer... et les Russes si chaleureux et aimables dans un système si fermé étaient là pour moi. Un formidable buffet journalistique, le plus beau de ma vie.

Wimbledon, Roland-Garros, les Internationaux de tennis d'Australie, la planète Formule 1, le championnat du monde de Jacques Villeneuve à Jerez, en Espagne...

Ce fut un privilège.

J'ai couvert le Canadien en traînant d'aéroport en aéroport une machine à écrire portative. Et en dictant les textes à Thérèse ou à Colette. C'est là que j'ai perdu un peu de mon accent bleuet. Fallait articuler pour que Saint-Coeur de Marie ne devienne pas «cinq heures de marée». C'était génial aussi parce qu'on entendait le bruit de la machine à écrire des autres journalistes dans les couloirs des hôtels. On savait que la compétition travaillait tard. Fallait être vigilant.

J'ai découvert une Afrique à Ouagadougou. J'y ai des projets et je suis impliqué dans une fondation. J'ai écrit avec passion dans le journal ce que je découvrais au Burkina Faso. Quatre longs voyages déjà et ce n'est pas fini. Il y a le Mali, la Guinée, le Cameroun, la Côte d'Ivoire. Un continent en dehors du temps.

Mon travail m'a amené à Las Vegas pour Céline Dion, à Vancouver avec Joannie Rochette, à Kuala Lumpur pour Michael Schumacher, à Québec pour René Lévesque et les frères Stastny...

Ce fut un privilège.

Je n'ai connu que trois éditeurs à La Presse. Roger Lemelin, qui m'a fait un honneur émouvant quand il m'a appelé à la maison après le premier épisode de Scoop. Roger D. Landry, qui est devenu un ami très proche tout en étant un patron dynamique, et Guy Crevier, qui préside à la transformation de l'entreprise depuis une dizaine d'années.

Mes vrais patrons se trouvaient cependant dans la salle. De Jean Sisto à Éric Trottier en passant par Philippe Cantin, Claude Masson et quelques autres, ce fut un plaisir de travailler en leur compagnie. Ils ont été justes et m'ont laissé les coudées franches.

Cette aventure aura duré 37 ans. Mais l'aventure continue. Je suis à Bucarest, en Roumanie, cette semaine. Je veux être là pour le combat de Lucian Bute. Et puis, je ne pars pas parce que je suis malheureux à La Presse, mais parce que j'ai des projets à réaliser ailleurs. Et que ça me tente de réaliser ces projets avec des personnes que j'aime déjà beaucoup. On n'est jeune qu'une fois dans la vie!

Ce fut un privilège. Et le plus grand privilège aura été de partager des minutes et des heures avec les lecteurs qui s'attardaient à une de mes chroniques.

Tout au long de ces années, de ces débats, de ces scoops, de ces reportages, j'ai essayé de tout mon coeur d'être vrai. J'ai tenté d'expliquer ce qui se passait et les causes de ce qui se passait. Et surtout, j'ai fait de mon mieux pour raconter les hommes et les femmes dont vous viviez les sommets et les chutes. Claude Ryan, ancien patron du Devoir, m'avait dit un jour qu'une idée ne changeait pas le monde. Mais les hommes et les femmes qui défendaient cette idée pouvaient le faire. Il faut que l'écriture journalistique soit incarnée. Comme dans «carne», le mot latin qui veut dire «chair».

Vous ne m'avez jamais dérangé quand vous me demandiez au Costco ou dans un resto «si on allait aller loin c't'année». Et vous ne me dérangerez pas plus à l'avenir. Vous pourrez me joindre à tremblay.rejean@yahoo.ca.

Un mot spécial à mes amis les fefans. Je tiens à vous remercier spécialement. Je suis comme vous. Je suis un fefan d'Elvis. Je me suis même organisé pour couvrir ses funérailles. Vous trouvez que le Canadien est toujours bon, je trouve que Harum Scarum, c'est pas si pire après tout. Je vous comprends et j'apprécie la passion féroce que vous démontrez à expliquer et à défendre votre équipe favorite. Comme vous êtes des connaisseurs maniaques (c'est Jerry Lieber et Mike Stoller qui ont composé Hound Dog !), vous forcez le paresseux chroniqueur à travailler un peu plus fort.

Voilà. Ce fut un privilège.

Merci.




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