Le sondage CROP que La Presse a publié la semaine dernière permet de quantifier les ravages provoqués par la crise interne du PQ. Les libéraux devancent maintenant les péquistes, 35% contre 29%, et si François Legault entrait dans la danse, le PQ serait carrément balayé.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Le sondage CROP que La Presse a publié la semaine dernière permet de quantifier les ravages provoqués par la crise interne du PQ. Les libéraux devancent maintenant les péquistes, 35% contre 29%, et si François Legault entrait dans la danse, le PQ serait carrément balayé.

Les jovialistes pourront peut-être y voir une crise temporaire que le mouvement souverainiste réussira à surmonter. Comme tout est possible en politique, le balancier pourrait éventuellement aller dans l'autre sens.

Je crois plutôt que ces résultats marquent un échec, historique, du projet souverainiste, qui nous fait entrer dans une nouvelle période de notre vie politique, que l'on pourrait appeler l'ère postsouverainiste.

Est-il un peu tôt pour décréter une chose pareille? La quasi-disparition du Bloc québécois et l'implosion du Parti québécois ne sont pas des accidents de parcours, mais plutôt la résultante d'un processus amorcé il y a longtemps. Une tendance lourde que, par exemple, Lucien Bouchard avait bien décelée quand il a choisi de quitter son poste de premier ministre et d'abandonner son parti.

Comme le projet souverainiste façonne et domine le débat politique depuis 45 ans, l'impasse dans laquelle il se trouve laisse un vide, qui exigera un réapprentissage aussi difficile pour les fédéralistes que pour les souverainistes.

Il pourra sembler présomptueux de déclarer la fin d'une ère quand l'appui à la souveraineté reste élevé, à 37% dans notre dernier CROP, mais à 43% il y a quelques mois. En gros, donc, autour de 40%. Cet appui est important, mais trop faible pour mener à une victoire, d'autant plus qu'il ne progresse pas à travers le temps. Ces chiffres nous disent que le projet souverainiste n'est certainement pas mort, mais qu'il a cessé d'être une solution ou une option pour plusieurs de ses partisans et qu'il a donc cessé d'être une menace pour ses adversaires.

On peut aller un peu plus loin sur le sens profond de cet appui de 40%. Beaucoup de gens qui se disent souverainistes n'ont pas l'intention de voter pour le PQ. Les deux tiers d'entre eux voudraient en outre que Mme Marois s'efforce de former un bon gouvernement plutôt que de promouvoir la souveraineté. Cela nous dit que le fait d'être souverainiste cesse de devenir un projet politique pour décrire davantage un état d'esprit. François Legault reflète bien cette tendance, lui qui, sans renier la souveraineté, l'exclut de ses priorités.

Cet échec de la souveraineté n'est pas pour autant une victoire du fédéralisme. Les Québécois ne sont pas satisfaits de leurs liens constitutionnels, et surtout, ils ont largement tourné le dos au Canada. Mais l'abandon de la souveraineté ne signifie pas, comme avant, qu'ils basculeront vers l'autre pôle du débat constitutionnel, le renouvellement du fédéralisme.

Ce à quoi on assiste, c'est plutôt à un déplacement du débat politique, marqué par un désir généralisé de déserter le terrain constitutionnel pour s'attaquer à d'autres priorités.

C'est dur pour bien des souverainistes, qui oscillent entre le deuil et le déni. Mais c'est également déconcertant pour les fédéralistes, privés de leurs adversaires naturels. De part et d'autre, on affirmera, en s'accrochant aux vieux schémas qui ont maintenant presque un demi-siècle, qu'il n'est pas possible d'être rien, qu'on ne peut pas refuser de choisir son camp, soit fédéraliste, soit souverainiste.

Eh bien, c'est faux. La plupart des fédéralistes le sont parce qu'ils doivent se définir par rapport au projet souverainiste auquel ils n'adhèrent pas. Sans souveraineté, il n'y a plus de raison de se définir comme fédéraliste. Si les enjeux constitutionnels cessent d'être une priorité, il faudra apprendre à se définir politiquement en fonction d'autres enjeux. Et c'est ce qui annonce une ère nouvelle.