Les députés fédéraux tiennent aujourd'hui un débat sur la décision du gouvernement de prolonger de trois mois la participation du Canada à l'offensive de l'OTAN contre le régime de Mouammar Kadhafi. Ce débat est d'une grande importance puisque le Canada se trouve désormais mêlé à une guerre civile dont personne ne sait quand et comment elle finira.

André Pratte LA PRESSE

Les députés fédéraux tiennent aujourd'hui un débat sur la décision du gouvernement de prolonger de trois mois la participation du Canada à l'offensive de l'OTAN contre le régime de Mouammar Kadhafi. Ce débat est d'une grande importance puisque le Canada se trouve désormais mêlé à une guerre civile dont personne ne sait quand et comment elle finira.

En mars dernier, dans la fébrilité des préparatifs électoraux, la Chambre des communes avait approuvé à l'unanimité l'envoi de navires et de chasseurs CF18 en appui à la mission de l'OTAN, mission encadrée par la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU. Selon cette résolution, les alliés peuvent prendre «toutes les mesures nécessaires» pour «protéger les populations et zones civiles menacées d'attaque» par le régime Kadhafi et pour faire respecter une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye.

Répondant au chef libéral de l'époque, Michael Ignatieff, qui lui demandait si la mission visait «un changement de régime», le ministre de la Défense, Peter MacKay, s'en était défendu. Pourtant, moins d'un mois plus tard, l'Américain Barack Obama, le Français Nicolas Sarkozy et le Britannique David Cameron affirmaient, dans un texte conjoint, qu'il était «impossible d'imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi». Depuis, les pays participants ont multiplié les déclarations affirmant que la mission se poursuivra tant que le colonel Kadhafi s'accrochera au pouvoir.

Les bombardements de l'OTAN, auxquels participent les chasseurs canadiens, sont devenus de plus en plus intenses. Malgré cela, bien qu'il soit difficile de savoir exactement ce qui se passe sur le terrain, rien ne laisse présager un départ prochain du «guide de la révolution».

Aux journalistes qui ont pu se rendre en Libye, les forces rebelles ont paru inexpérimentées et mal organisées. Le Conseil national libyen, qui s'est formé pour parler au nom des rebelles, s'est engagé à remplacer la dictature par un système démocratique. Toutefois, certains membres du groupe étaient jusqu'à récemment au service du régime en place, ce qui suscite des inquiétudes.

L'OTAN, dont le Canada, a décidé de poursuivre l'opération « Protecteur unifié » pour au moins trois mois. «Kadhafi doit partir pour que nos objectifs soient atteints», a dit M. MacKay jeudi dernier. Son collègue des Affaires étrangères, John Baird, a pourtant soutenu hier que «notre mission militaire n'a pas changé», ce qui est clairement contraire aux faits.

Le gouvernement Harper a plongé nos forces armées dans un conflit interne dont l'issue est très incertaine. Il a aujourd'hui l'obligation morale et politique d'exposer franchement à la population les objectifs visés par cette nouvelle aventure militaire.