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Un Casino no 2?

Réjean Tremblay
La Presse

Ça ressemble furieusement à l'échec honteux du grand Casino de Montréal. Un projet de 3,2 milliards de dollars impliquant un partenaire du privé, le Cirque du Soleil. Un projet fabuleux ficelé autour du Cirque, de René Angélil, de George Gillett et de ses contacts à Broadway, un projet qui aurait relancé Montréal.

Quand le premier ministre Jean Charest s'est mis à branler dans le manche, Guy Laliberté a vite pris une décision: «On oublie le projet et on passe à autre chose.»

Hier, Jean Charest a renié l'engagement personnel de son ministre Laurent Lessard et a laissé tomber le maire Régis Labeaume. Le projet d'un amphithéâtre moderne à Québec me semble voué à devenir un Casino no 2... et c'est un signal épouvantable qu'on envoie aux Québécois.

En tous les cas, jusqu'en octobre prochain, Pierre Karl Péladeau ne peut plus poursuivre une campagne de séduction auprès du commissaire Gary Bettman, de la Ligue nationale. Sans un amphithéâtre, il n'y a pas de retour possible des Nordiques à Québec. Ce sont des mois perdus qui risquent de couler ce beau projet.

Pour tout vous dire, ça me décourage un peu.

Un nouveau Colisée à Québec ne changerait pas grand-chose dans ma vie. Ce serait génial d'aller y couvrir quelques matchs des Nordiques, mais c'est pas grave, pour l'exotisme, j'irai à Tampa. Là aussi, on y parle français.

Ce qui me brise le coeur, c'est de réaliser qu'il est maintenant impossible de réaliser un projet collectif au Québec. Le tunnel Hippolyte-La Fontaine date des années 1960. Le métro a été creusé dans les années 60 et les îles Notre-Dame et Sainte-Hélène ont été créées dans ces années qui ont précédé l'Expo de 1967. Manicouagan a été inauguré en 1968, c'est en 1970 que Robert Bourassa a lancé le grand projet de la Baie-James et c'est en 1976 que Montréal a présenté les Jeux olympiques.

Depuis, rien. Zéro. Nip. On a réussi de peine et de misère à rénover le stade Du Maurier et le stade Molson pour les Alouettes. Mais trois écureuils ont coûté une fortune en temps et en efforts. Et on le sait, le CHUM est une farce catastrophique, la 30 finit encore dans le champ et les 48 couleuvres brunes de l'échangeur Turcot vont tout faire dérailler. Les rues sont défoncées, les aqueducs coulent et les viaducs s'effondrent et Jean Charest n'a même pas été foutu d'envoyer un message courageux. On a décidé démocratiquement de réaliser un projet et on va le faire. On veut et on peut.

Ben, on a peur et on peut pas. Je gagerais ma chemise que le Plan Nord du premier ministre va finir dans une comédie à pleurer à l'Assemblée nationale. Si t'es pas capable de bâtir un aréna de hockey, comment tu fais pour conquérir un pays du Nord?

Régis Labeaume tente de trouver le courage et... (Photo: Reuters) - image 2.0

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Régis Labeaume tente de trouver le courage et la volonté de continuer le travail en vue d'un nouvel amphithéâtre pour sa ville.

Photo: Reuters

* * *

Qu'on me comprenne bien. Amir Khadir, Denis de Belleval ou les dirigeants de Bell ont le droit de vouloir bloquer ce projet. Ils ont le droit de convaincre et de menacer. Ils peuvent faire des discours comme j'écris une chronique. Tout le monde a le droit de parler et de discuter.

Sauf qu'avec le droit de parole vient le droit de gouverner que le peuple a donné à des dirigeants lors d'élections légitimes.

Si tout le monde parle et menace et que les gouvernants ne gouvernent plus, ça donne le Québec depuis 10 ou 12 ans. Une province où il est impossible de réussir autre chose que la réfection des viaducs. À part Pierre Lavoie, qui a réussi un nouveau projet au Québec?

Régis Labeaume était sous le choc quand je lui ai parlé hier après-midi. Il tentait de trouver le courage et la volonté de continuer le travail. Mais le spectre du casino raté de Montréal lui revient en tête. D'ici l'automne, avec les poursuites déjà déposées par Denis de Belleval et la trouille évidente de M. Charest, le projet a le temps de s'effondrer 10 fois. Comme c'est arrivé avec le Casino.

Et pour que Régis Labeaume puisse espérer gagner la mise à l'automne, il faut qu'il puisse compter sur Pierre Karl Péladeau. Faudrait pas que le président de Quebecor décide d'imiter Guy Laliberté et envoie promener ce paquet de problèmes. Heureusement, hier, il a fait savoir que son entreprise allait poursuivre les négociations. Mais il a précisé que les conditions optimales pour le retour des Nordiques n'étaient plus réunies.

Par ailleurs, j'espère que la fronde des quatre députés péquistes contre Mme Pauline Marois ne coûtera pas son poste à la chef du PQ. Mme Marois a été fidèle à l'engagement donné. Mais elle s'est fait couillonner.

Les dés étaient pipés. Mme Louise Beaudoin est une amie et une ancienne collègue ministre de Denis de Belleval. C'est également une amie de l'avocat André Joli-Coeur, celui qui avait reçu le mandat du premier ministre Jacques Parizeau de sortir les Nordiques de Québec sans que le Parti québécois ne soit trop touché. M. Joli-Coeur est encore un conseiller de M. de Belleval. Mme Lisette Lapointe est l'épouse de M. Parizeau qui était proche de Jean-Paul L'Allier lors du départ des Nordiques. C'est la vieille aristocratie qui ne pardonne pas à un populiste comme Régis Labeaume d'avoir des ambitions pour sa ville.

Je suis peut-être pessimiste. Il se peut que Jean Charest soit plus fort que je ne le pense. Il se peut qu'on puisse reprendre le cours des négociations avec Gary Bettman en novembre ou décembre. Il se peut que Québec n'ait pas raté sa fenêtre. Il se peut que les forces liguées contre le projet soient moins puissantes qu'on croit.

Ça se peut...




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