En apparence, il n'y a que des bonnes nouvelles pour Jack Layton dans ce CROP. Première bonne nouvelle (qu'on savait déjà, remarquez): les Québécois n'aiment pas beaucoup Stephen Harper et ils sont déçus de le voir majoritaire.

Publié le 20 mai 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Autre bonne nouvelle (dont on se doutait aussi un peu): les Québécois ont élu une majorité de députés du NPD pour dire qu'ils en ont marre des autres partis et ils ne semblent pas regretter le Bloc.

Que de bonnes nouvelles. En apparence. Il y a toutefois un avertissement et un piège dans ces réponses.

L'avertissement, c'est que le NPD a surfé, le 2 mai dernier, sur une vague d'insatisfaction historique, qui pourrait tout aussi bien se briser dans un prochain mouvement d'humeur des Québécois. Ce coup de foudre entre le Québec et le NPD n'est pas réfléchi, il est purement émotif, ce qui n'est pas nécessairement gage de longévité.

Une donnée en particulier devrait attirer l'attention du chef néo-démocrate: un tiers des Québécois qui ont voté pour son parti sont souverainistes, ce que l'on suspectait aussi. Cela veut dire que ces électeurs ont «parqué» momentanément leur vote du côté du NPD, pour «essayer», mais ils le retireront tout aussi vite s'ils sentent que les intérêts du Québec sont subordonnés à ceux de l'ensemble canadien.

Cela, Jack Layton le sait. Il a compris, comme vous pouvez le constater dans l'entrevue qu'il a accordée à notre chef de bureau, qu'il doit «livrer» au Québec. S'il se présente aujourd'hui comme «Capitaine Québec», ce n'est pas seulement pour la galerie, mais parce qu'il sait que c'est lui, maintenant, le relais québécois à Ottawa.

D'où les trois appels de M. Layton à Jean Charest depuis les élections, lui qui n'avait pas parlé au premier ministre du Québec depuis fort longtemps. Ce ne sont pas que des appels de courtoisie, il importe pour M. Layton d'accorder ses violons avec Québec.

Voilà le piège, justement: Jack Layton jouit d'une popularité aussi subite qu'inespérée au Québec, mais les racines de son parti sont ailleurs. Sa base et son caucus du reste du Canada risquent de résister à ce virage québécois.

Jack Layton est chef d'un parti profondément nationaliste. Nationaliste canadien, s'entend. L'exercice d'équilibrisme politique s'annonce corsé. Est-il prêt à un compromis pour donner un peu d'air au chantier maritime Davie, au risque d'indisposer ses députés et militants de Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique? Appuiera-t-il aussi fortement l'aide fédérale au développement hydroélectrique et gazier des Maritimes et de Terre-Neuve, au risque de déplaire à Québec et au Québec? Comment gérera-t-il le prochain vote sur l'abolition du registre des armes d'épaules?

Par ailleurs, un autre défi se dessine pour le NPD entre les colonnes de chiffres de ce sondage: les Québécois, clairement, ont remis les clés de l'opposition à Jack Layton, mais celui-ci doit aussi, tout en s'opposant, définir son parti comme une solution de rechange au pouvoir.

S'opposer, mordre les mollets du gouvernement, Jack Layton en est capable, comme il l'a démontré mercredi après la nomination controversée de trois nouveaux sénateurs. Pour viser le pouvoir, toutefois, il faut proposer un programme et atteindre une base plus large, plus solide dans l'ensemble du pays, quitte à froisser le Québec à l'occasion.

Bref, dans son nouveau rôle, M. Layton ne pourra pas toujours jouer au bon Jack au Québec.

À propos du Sénat

Courrier abondant, au cours des dernières heures, à la suite de ma chronique critiquant les nominations hyperpartisanes de Stephen Harper au Sénat.

Nombreux sont les lecteurs à être d'accord avec moi, ce qui me flatte, mais je m'adresse ici à tous ceux qui m'écrivent pour dire «que les libéraux n'ont pas fait mieux au pouvoir».

Soit, je vous l'accorde, les libéraux se sont eux aussi servis abondamment du Sénat comme planque pour leurs copains. Des ambassades, des postes de direction des sociétés d'État et parfois de la magistrature, aussi.

Mais êtes-vous en train de me dire que M. Harper peut et doit le faire parce que ses prédécesseurs l'ont fait? Le même M. Harper qui a promis d'assainir les moeurs politiques à Ottawa? Le même M. Harper qui a aussi promis de moderniser ou d'abolir le Sénat?

Les partisans conservateurs disent en outre que Stephen Harper ne peut réformer le Sénat parce que les provinces, notamment le Québec, s'y opposent.

D'abord, rien n'empêche M. Harper, surtout qu'il est majoritaire, de tenter de relancer sa réforme.

Et puis, à supposer que cette réforme du Sénat soit impossible pour le moment, est-ce une raison pour continuer à ridiculiser aussi lourdement cette institution?