Version revue, améliorée et privée d'Info-Santé, le service téléphonique DocTel se présente comme l'équivalent virtuel d'une clinique médicale où on aurait éliminé l'attente, la gratuité et la présence physique du praticien. Il s'agit d'une demi-médecine, en somme, qui hérisse le Collège des médecins du Québec et ébrèche le principe de l'universalité des soins de santé.

Publié le 31 mars 2011
Mario Roy LA PRESSE

Version revue, améliorée et privée d'Info-Santé, le service téléphonique DocTel se présente comme l'équivalent virtuel d'une clinique médicale où on aurait éliminé l'attente, la gratuité et la présence physique du praticien. Il s'agit d'une demi-médecine, en somme, qui hérisse le Collège des médecins du Québec et ébrèche le principe de l'universalité des soins de santé.

Certes, l'administration de «soins» par téléphone peut être problématique et doit certainement être analysée et encadrée. Cependant, l'initiative a un point commun avec la révision des actes médicaux permis aux pharmaciens ou aux infirmières: elle est a priori utile.

Et ce, pour les raisons qu'on connaît, évidemment liées à l'accès aux services de première ligne.

Dans la vraie vie, en effet, deux millions de Québécois n'ont pas de médecin de famille et il leur est extrêmement difficile d'en trouver un: en Montérégie, on a déjà organisé une loterie dont le «prix» était précisément un médecin de famille! Le nombre de cliniques médicales traditionnelles est en diminution (33% de moins en 10 ans, selon la revue Protégez-vous) et leur financement famélique, égal à 3% du budget de la santé. Enfin, les salles d'urgence des hôpitaux sont dans un état chronique de désorganisation, sans espoir réaliste que les choses s'améliorent dans un avenir prévisible.

Peut-on s'étonner alors que, de partout, surgissent des chemins parallèles, pas toujours strictement conformes à la loi, offrant aux citoyens des soins de santé qu'ils n'obtiendront que très difficilement, ou pas du tout, autrement?

Les pouvoirs publics sous-estiment grandement le niveau de frustration existant au sein de la population devant ce véritable bris de contrat dont se rend coupable l'État en matière de soins de santé. C'est d'ailleurs une situation dont la Cour suprême avait pris acte en 2005 dans l'arrêt Chaoulli. Et il n'y a plus personne pour croire que la situation sera meilleure à moins de changements radicaux dans le système. Or, aucun empire bureaucratique monopolistique n'en est capable: combien de ministres s'y sont-ils cassé les dents?

En outre, lesdits pouvoirs, fussent-ils appuyés par tous les preachers collectivistes du Québec, se mettent un doigt dans l'oeil jusqu'au coude s'ils croient que les gens vont se laisser mourir sans rien faire. Ce n'est pas pour faire plaisir au grand Capital que le citoyen est prêt à payer pour être soigné (en plus de payer aussi pour le système qui ne le soigne pas), c'est parce qu'il estime ne plus avoir le choix. Même des organismes publics, CSST et SAAQ, recourent aujourd'hui à la médecine privée!

DocTel rejoindra-t-il la douzaine de cabinets et entreprises qui font l'objet d'enquêtes de la part de la Régie de l'assurance maladie du Québec parce qu'ils dispensent des soins en marge, peut-être, des cadres légaux?

De ça, au moins, l'État est parfaitement capable...