Le chef conservateur, Stephen Harper, continue de cultiver les craintes d'une coalition libéraux-NPD-Bloc, et ce, même si ses adversaires ont pu démontrer qu'il n'a pas toujours été hostile à l'idée d'un gouvernement de coalition. Le sondage Angus Reid publié hier par La Presse nous indique pourquoi, malgré la controverse, le premier ministre sortant martèle ce thème: 51% des Canadiens hors-Québec s'opposent fermement à l'idée d'une telle entente entre les partis de l'opposition, en particulier si le Bloc y est associé. Les conservateurs font le pari que les électeurs se soucieront davantage de la «menace» future que de ce qu'a pu penser M. Harper en 1997 ou en 2004.

Publié le 31 mars 2011
André Pratte LA PRESSE

Le chef conservateur, Stephen Harper, continue de cultiver les craintes d'une coalition libéraux-NPD-Bloc, et ce, même si ses adversaires ont pu démontrer qu'il n'a pas toujours été hostile à l'idée d'un gouvernement de coalition. Le sondage Angus Reid publié hier par La Presse nous indique pourquoi, malgré la controverse, le premier ministre sortant martèle ce thème: 51% des Canadiens hors-Québec s'opposent fermement à l'idée d'une telle entente entre les partis de l'opposition, en particulier si le Bloc y est associé. Les conservateurs font le pari que les électeurs se soucieront davantage de la «menace» future que de ce qu'a pu penser M. Harper en 1997 ou en 2004.

Le même sondage révèle qu'au Québec, la perspective d'un gouvernement de coalition PLC-NPD appuyé par le Bloc sourit à beaucoup d'électeurs: 44% d'entre eux seraient satisfaits de voir une telle coalition mise sur pied au lendemain du 2 mai. Qu'est-ce donc qui, dans le gouvernement de coalition, plaît tant à l'électorat québécois?

On a l'impression qu'aujourd'hui, aucun des partis fédéraux, même le Bloc, ne répond tout à fait aux attentes des Québécois. Plusieurs croient que les grands partis canadiens sont insensibles à la réalité québécoise. En même temps, ils réalisent que les intérêts de la province ne sont pas toujours bien servis par un parti se cantonnant dans l'opposition. Alors, de nombreux électeurs souhaitent que se recrée, entre partis, la coalition Canada-Québec qui existait autrefois à l'intérieur du Parti libéral et, à certaines époques, du Parti conservateur. Le Bloc est perçu par eux comme le défenseur des intérêts du Québec plutôt que comme une formation indépendantiste. Comme ils ne voient pas d'équipe québécoise forte parmi les candidats libéraux et conservateurs, ils confient au Bloc la tâche de faire valoir le point de vue québécois à Ottawa et - pourquoi pas? - au sein même du gouvernement.

Certains estiment que les Canadiens anglophones devraient voir les choses du même oeil: si les Québécois veulent que les députés bloquistes jouent un rôle dans une coalition gouvernant le Canada, pourquoi les Canadiens des autres provinces s'en offusqueraient-ils?

C'est beaucoup demander à nos compatriotes. Les Québécois peuvent faire la distinction entre un vote pour un parti indépendantiste et un vote en faveur de l'indépendance; il est normal que les Canadiens anglais réagissent différemment. Pour eux, faire dépendre le gouvernement du pays de l'appui d'un parti indépendantiste, c'est laisser le loup entrer dans la bergerie. M. Harper a bien résumé ce point de vue: «On peut vouloir gouverner le pays, on peut vouloir briser le pays, mais on ne peut pas faire les deux.»

Il revient aux partis nationaux de convaincre les Québécois francophones qu'ils peuvent avoir davantage d'influence en leur sein qu'en appuyant le Bloc. Les efforts qu'ils ont faits en ce sens sont louables, mais de toute évidence insuffisants.