Si vous êtes un prunier, ou encore un pompier volontaire, le sixième budget que déposait hier le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, sera sans doute un budget pour vous.

Publié le 23 mars 2011
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Si vous êtes un prunier, ou encore un pompier volontaire, le sixième budget que déposait hier le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, sera sans doute un budget pour vous.

N'étant ni l'un ni l'autre, je me demandais vraiment ce que je faisais à Ottawa hier, enfermé toute la journée dans un huis clos qui me permettait d'étudier le budget avant qu'il soit livré à la Chambre des communes.

Au point de départ, il y a quelque chose d'ingrat à analyser un document budgétaire de 380 pages, quand tout indique que le gouvernement Harper risque fort d'être renversé dans les prochains jours. Ce budget ne sera vraisemblablement jamais adopté, quelle que soit l'issue de la campagne électorale qui s'annonce.

À ce doute existentiel s'ajoute le vide non moins existentiel du budget lui-même qui, essentiellement, prolonge les initiatives précédentes, tant et si bien que le gouvernement Harper aurait pu ne pas présenter de budget et rouler sur celui de l'an dernier.

Il y a quand même quelques différences grâce à une série de petites mesures financées par une mince marge de manoeuvre de 2 milliards de dollars. D'abord deux initiatives plus substantielles, qui n'ont pas été suffisantes pour gagner l'appui du NPD: le prolongement du programme ÉcoÉnergie et une bonification du supplément du revenu garanti pour les personnes âgées.

Ensuite un saupoudrage, sans cadre et sans vision, qui épouse les contours d'un programme électoral. Une multitude de petits cadeaux visant des clientèles bien précises, comme les 17 millions pour lutter contre le sharka du prunier, un crédit d'impôt pour les pompiers volontaires, un autre crédit pour les activités artistiques des enfants ou une aide au Stampede de Calgary qui fête son 100e anniversaire. Dans le fouillis de petits bonbons, on trouve heureusement quelques bonnes idées, notamment du côté de la recherche, mais on cherche en vain une cohérence ou une vision.

Sauf pour le cadre financier, où on retrouve une ligne directrice. Le gouvernement conservateur respecte son cadre budgétaire. On ne peut plus douter de sa capacité d'éliminer son déficit d'ici quatre ans. Il y parvient sans recourir aux hausses d'impôt. Cette marche vers le déficit zéro ne semble toutefois pas exiger d'efforts particulièrement douloureux, parce que la croissance économique gonfle les revenus et que les dépenses n'explosent pas, comme au niveau provincial.

Mais le titre même du budget, avec ses allures de slogan, nous rappelle qu'on navigue en eaux électorales: «La prochaine phase du plan d'action économique du Canada. Des impôts bas pour stimuler la croissance et l'emploi.»

D'abord, le plan d'action conservateur prend fin le 31 mars et le budget 2011 ne propose rien qui ressemble, même de loin, à une «prochaine phase». Il est cependant exact que le budget annonce une mesure de stimulation de l'emploi, 124 millions pour un crédit à l'embauche pour les PME, un programme informe et inutile, parce que ce n'est pas de cadeaux aux entreprises pour créer des emplois dont on a besoin, mais de formation de la main-d'oeuvre.

Quant aux «impôts bas» du titre, il ne s'agit pas d'une promesse d'allégement du fardeau fiscal, mais plutôt d'une allusion aux baisses des années précédentes, qui permet surtout d'affirmer lourdement que les adversaires des conservateurs, eux, les augmenteraient.

Car le budget de M. Flaherty est partisan. Avec un ton simpliste qui étonnera les Québécois habitués à plus d'élégance, et des attaques contre l'opposition surprenantes dans un discours qui devrait avoir une certaine dignité: «Le Parlement doit maintenant faire un choix, dit le ministre. Il doit choisir entre la stabilité et l'incertitude. Entre les principes et l'opportunisme. Nous ne céderons pas aux revendications de l'opposition en vue de hausser massivement les impôts.» Le ton de la campagne est donné.