Est-il possible que, d'ici la fin de la semaine, nous nous retrouvions tous en un lieu où peu de gens veulent vraiment aller? La réponse est: oui, c'est possible. Dans quelques jours, le premier ministre Stephen Harper se rendra peut-être chez le gouverneur général pour demander la dissolution du Parlement. Et, dans l'heure qui suit, les Canadiens se retrouveront à nouveau en pleine campagne électorale.

Publié le 22 mars 2011
Mario Roy LA PRESSE

Est-il possible que, d'ici la fin de la semaine, nous nous retrouvions tous en un lieu où peu de gens veulent vraiment aller? La réponse est: oui, c'est possible. Dans quelques jours, le premier ministre Stephen Harper se rendra peut-être chez le gouverneur général pour demander la dissolution du Parlement. Et, dans l'heure qui suit, les Canadiens se retrouveront à nouveau en pleine campagne électorale.

Amusant, non? Pas du tout. Ce serait la quatrième fois en sept ans que le pays aurait ainsi à vivre des élections générales.

Quatre en sept!

Or, il s'agit d'une procédure qui coûte plus de 300 millions de dollars au trésor public. Qui monopolise pendant des semaines l'espace réservé à l'actualité dans la tête de chaque citoyen, lequel a bien d'autres croix à... tracer. Une procédure qui, ainsi répétée jusqu'à plus soif, est en train de dégoûter l'électeur de la petite politique - et même de la grande, hélas, ce qui est infiniment plus grave. En clair: presque quatre électeurs sur cinq votaient aux élections fédérales dans les années 60; seulement 58,8% l'ont fait en 2008. Ce serait combien en 2011?...

À ce point, on se trouve en présence de deux planètes dont les orbites ne se croisent plus.

D'un côté: la vaste cohorte des gens ordinaires dont les priorités sont, par ordre décroissant d'importance, s'occuper de la famille et de l'avenir des enfants; essayer de rester en santé; entretenir des liens sociaux satisfaisants; trouver une place de stationnement au centre-ville. Et, en tout dernier lieu, se tenir à peu près informé sur les grands axes de la gouvernance du pays, de la province, de la municipalité, de l'arrondissement et de la commission scolaire.

En face: une classe politique qui ne comprend d'ailleurs pas que les politiciens, mais, du sondeur au scribe, tout l'aréopage qui gravite autour d'eux... tous ceux-là ayant la certitude qu'on ne trouve aucune forme de vie intelligente au-delà de la zone d'influence gravitationnelle de la Colline parlementaire. Pour ceux et celles-là, une campagne électorale est, chaque fois, une formidable injection d'adrénaline.

Ce qui, visiblement, finit par provoquer la dépendance.

* * *

Que sait-on au juste, au bas de la colline, des motifs qui mériteraient la tenue d'élections générales au printemps? Des milliards dus au Québec, mais qui ne viennent pas. Une imposition réduite sur les profits des compagnies, dont on ne veut pas. Une réduction de la taxe sur le chauffage, objectif modeste qui n'émeut pas...

Et c'est ça qui nous forcerait à aller aux urnes? Vraiment?

Plus que jamais, celui à qui on imputera - à tort ou à raison - la responsabilité du déclenchement des élections sera à risque d'en payer le prix. Sans compter que... un gouvernement conservateur majoritaire, ça vous dit?