Le terrorisme européen «de souche» est-il en train de renaître? Depuis quelques mois, plusieurs attentats en Italie et en Grèce pourraient le faire croire. Pour l'instant moins ambitieux (une seule victime à ce jour) que ne l'étaient leurs prédécesseurs des années 70, les praticiens d'aujourd'hui visent surtout les ministères, les ambassades et plus généralement l'«ordre» urbain.

Mario Roy LA PRESSE

Le terrorisme européen «de souche» est-il en train de renaître? Depuis quelques mois, plusieurs attentats en Italie et en Grèce pourraient le faire croire. Pour l'instant moins ambitieux (une seule victime à ce jour) que ne l'étaient leurs prédécesseurs des années 70, les praticiens d'aujourd'hui visent surtout les ministères, les ambassades et plus généralement l'«ordre» urbain.

Ce fut le cas à Rome, hier, alors qu'un colis piégé envoyé à l'ambassade grecque a été neutralisé avant de faire des dégâts.

C'est le troisième paquet-cadeau à être repéré, depuis une semaine, dans la capitale italienne. Les deux autres ont explosé dans les locaux des missions suisse et chilienne, blessant deux personnes. Au cours de l'année qui s'achève, plusieurs attentats ont aussi été perpétrés en Grèce où, le 24 juin, un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur a été tué. Au plus fort de la crise, on a enregistré à Athènes jusqu'à 80 alertes par semaine, attribuées à ceux que la police grecque surnomme les «bébés terroristes»: ceux qu'on a identifiés sont en effet très jeunes...

Bref, déjà dans la ligne de mire de la terreur d'extrême droite islamiste, l'Europe avait-elle vraiment besoin de la résurrection d'un terrorisme local d'extrême gauche?

Non, bien sûr. Mais le continent n'a apparemment pas d'autre choix que d'assumer son passé.

Berceau au XXe siècle de toutes les constructions idéologiques fondées sur l'exercice totalitaire du pouvoir, le continent a tout naturellement «inventé» aussi le terrorisme moderne. Celui, par exemple, des Brigades rouges en Italie et du Dix-sept novembre en Grèce, sans parler d'autres mouvements en Allemagne ou en France. Plusieurs ont aussi noté l'influence du terrorisme européen sur certaines franges extrêmes de l'islam politique, celui-ci important en gros et demi-gros quelques slogans prolétariens adaptables en sourates djihadistes.

Contemplant cette fresque, il est remarquable que, si les étiquettes changent en fonction du temps et du lieu, les cibles visées d'une part, et les victimes de facto d'autre part, demeurent toujours les mêmes.

Il y a 30 ou 40 ans, en Europe, la terreur était marxiste-léniniste; aujourd'hui, elle est anarchiste. Quelle différence? Absolument aucune... à la condition de ne pas tenir compte des joujoux langagiers - qui n'ont d'ailleurs aucun impact sur la réalité. Dans la vraie vie, les cibles visées sont toujours les États occidentaux démocratiques ainsi que les institutions et symboles du marché. Et les victimes réelles, presque toujours des citoyens n'ayant rien à voir dans tout ça!

Alors pourquoi?

Sur le long terme, il n'y a pas d'explication et, sur le court terme, que des prétextes. Les pénibles retombées de la quasi-faillite des États du sud de l'Europe en constituent un, que la violence ne peut adoucir d'aucune façon, bien au contraire.

Cette nouvelle terreur européenne n'est donc pas du ressort de la politique. Mais tout simplement une affaire de police.