Cherchez l'erreur. Il y a une pénurie d'omnipraticiens. Elle va empirer dans les années à venir parce que les étudiants en médecine veulent devenir des spécialistes plutôt que des généralistes. Et ces généralistes sont absolument essentiels si on veut renforcer la première ligne et faire en sorte que tous les Québécois aient un médecin de famille.

Publié le 17 déc. 2010
Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Et que fait le gouvernement du Québec? Une proposition salariale chiche, qui ne corrige pas l'important écart de rémunération entre généralistes et spécialistes. Cette offre a estomaqué les omnipraticiens, qui croyaient que leur dossier était crédible et solide. Elle devrait nous estomaquer collectivement, parce qu'elle sera lourde de conséquences.

Tout d'abord sur le climat dans le réseau de santé. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec avait choisi la méthode soft: un argumentaire solide, une attitude modérée, le refus de brandir des menaces, comme un recours à la grève. Et qu'est-ce que cela leur donne? Une claque à la figure. Le message du gouvernement, c'est que pour avoir gain de cause, mieux vaut choisir la voie des menaces, comme l'ont fait avec succès les spécialistes sous la houlette de Gaëtan Barrette.

Mais surtout, ne pas bien traiter les généralistes, c'est la meilleure façon d'agraver la pénurie et de compromettre les efforts pour construire des services de première ligne. Il manque actuellement 1100 omnis. Ça va empirer si on ne trouve pas une façon de valoriser la médecine familiale et d'y attirer les étudiants. Ça passe beaucoup par la rémunération et les conditions de pratique.

Au cours des dernières années, les spécialistes ont eu droit à un important rattrapage qui les a rapprochés de leurs collègues canadiens. Ce rattrapage était nécessaire. Mais il était écrit dans le ciel que ce serait ensuite le tour des généralistes. Comment en recruter si on envoie le message aux étudiants qu'avec trois années d'études de plus, ils pourront augmenter, à vie, leur revenu d'au moins 50%?

Mais quel devrait être le niveau souhaitable de rémunération? La FMOQ voudrait ramener à 20% un écart avec les spécialistes qui est actuellement de 57%, comme dans certaines provinces. Québec propose un écart de 40%, mais avec les spécialistes les moins bien payés, comme les psychiatres. Il y a de la guerre de chiffres dans l'air, sur les bases de comparaison, sur les différences de pratiques, de charge de travail, sur la capacité de payer. Ce qui importe, à ce stade-ci, c'est de s'entendre sur un principe: l'importance de réduire cet écart entre généralistes et spécialistes. Tout indique que le gouvernement n'y adhère pas.

Il y a un troisième problème, moins visible, mais crucial. Cette négociation arrive à un moment-charnière. La pratique de la médecine se transforme, à cause du vieillissement qui alourdit la tâche, des exigences de la première ligne, de la pénurie de généralistes. Ceux-ci doivent changer leurs façons de faire, travailler en ligne de plus en plus, compter sur le soutien d'infirmières et d'autres professionnels.

C'est un type de pratique où la rémunération à l'acte est moins appropriée. Il faudra trouver d'autres formules, notamment en introduisant un élément de capitation, comme nous le recommande l'OCDE. Cela consiste à payer les médecins avec une enveloppe globale pour une liste de patients.

C'est un système nouveau ici, auquel les médecins seront sans doute réfractaires, mais qui entre dans la logique des transformations profondes qu'il faudra apporter à notre système de santé pour assurer sa pérennité.

Les négociations actuelles fourniraient l'occasion en or pour introduire de tels changements et à les faire accepter aux médecins en bonifiant leur rémunération. Mais pour cela, il faut de la vision, plutôt qu'une approche comptable.