Trente ans plus tard, il est pratiquement impossible de distinguer ce qui, dans la mythologie liée à John Lennon, relève de son oeuvre et ce qui résulte de son assassinat, un événement gigantesque serti dans une sordide banalité. Le grand homme est mort sur la banquette arrière d'une auto-patrouille du NYPD l'emportant, sirène hurlante, du Dakota où il demeurait à l'hôpital Roosevelt où on ne put rien pour lui.

Publié le 4 déc. 2010
Mario Roy LA PRESSE

Trente ans plus tard, il est pratiquement impossible de distinguer ce qui, dans la mythologie liée à John Lennon, relève de son oeuvre et ce qui résulte de son assassinat, un événement gigantesque serti dans une sordide banalité. Le grand homme est mort sur la banquette arrière d'une auto-patrouille du NYPD l'emportant, sirène hurlante, du Dakota où il demeurait à l'hôpital Roosevelt où on ne put rien pour lui.

Le 8 décembre 1980, Lennon est ainsi devenu une sorte de martyr. Un martyr orphelin, puisqu'aucune cause n'a pu se l'approprier. Martyr de la musique? Ça n'existe pas. De la politique? Certains le croient: il y a des truthers de la mort de Lennon comme il en existe pour le 11 septembre, ou le décès de Marilyn Monroe, ou celui de John Kennedy...

Martyr de la paix, alors?

C'est le plus tentant. Entre autres parce que, par effet de contraste, ça donne une signification à la violence absurde de sa mort. Et, bien sûr, parce que la paix (et l'amour, et l'érotisme, et le romantisme révolutionnaire) était le dada du Lennon nouveau, post-Beatle. Celui de Yoko Ono et de New York, des bed-in de Montréal et d'Amsterdam.

* * *

Il reste que le problème avec la paix, c'est qu'elle n'advient pas par les chansons, nous l'avons souvent noté ici. Personne n'a jamais fredonné un plan de paix en cinq points applicable au Proche-Orient. Ou rappé les conditions d'une entente multipartite de cessez-le-feu praticable au Soudan...

Si on veut être franc, même Lennon-le-Grand n'a pas fait infiniment mieux que les autres sur le terrain du prêche pacifiste, où règne sans partage le bon sentiment.

Seulement, il avait un charisme exceptionnel ainsi qu'une façon unique de mettre les sermons en musique - il n'aura pas été un Beatle pour rien! De sorte qu'il a donné à ce message ordinaire une portée extraordinaire, rejoignant aujourd'hui des gens qui n'étaient pas nés lorsqu'il est mort. «Essayez d'imaginer que (la mort de Lennon) n'est jamais survenue, est-ce que le monde serait différent? Je crois qu'il serait meilleur...» dit Marc Roberge, guitariste-chanteur du groupe de rock alternatif O.A.R., de Rockville, au Maryland *.

Est-ce possible ? Il faut vraiment avoir la foi pour le croire. Les progrès (et la paix universelle en serait tout un !) ne sont ni automatiques ni rapides. Il faut y travailler fort, sans relâche, en général pendant des siècles.

Dans cette perspective, John Lennon aura tout juste fait faire à la paix un petit bout de chemin... au moins autant par la pure esthétique de ses créations que par l'argumentaire qui y était attaché.

Sa musique a adouci - un tout petit peu - les moeurs.

* Interviewé dans le cadre de l'émission spéciale Losing Lennon: Countdown To Murder, qui sera diffusée ce soir et demain soir à CNN.