Le premier ministre, Jean Charest, procédera ce matin à un remaniement ministériel. Le portefeuille de la Santé était la pièce la plus importante du casse-tête : fallait-il remplacer Yves Bolduc? Hier, le bureau du premier ministre a voulu tuer dans l'oeuf toutes les rumeurs à ce sujet : le docteur Bolduc demeurera ministre de la Santé.

Publié le 11 août 2010
André Pratte LA PRESSE

Le premier ministre, Jean Charest, procédera ce matin à un remaniement ministériel. Le portefeuille de la Santé était la pièce la plus importante du casse-tête : fallait-il remplacer Yves Bolduc? Hier, le bureau du premier ministre a voulu tuer dans l'oeuf toutes les rumeurs à ce sujet : le docteur Bolduc demeurera ministre de la Santé.

En poste depuis deux ans, M. Bolduc a connu une très difficile adaptation aux exigences de la vie politique. On ne peut lui reprocher de ne pas avoir réglé les problèmes qui gangrènent le système de santé depuis de nombreuses années - débordements aux urgences, attente interminable pour des tests et des traitements, pénuries de médecins de famille et d'infirmières. Depuis plus de 30 ans, tous les ministres se sont cassé les dents sur ces dossiers, y compris les plus solides tels Pauline Marois et Philippe Couillard. Tant qu'un parti politique n'obtiendra pas de la population un mandat clair pour revoir le système de fond en comble, ces problèmes subsisteront et le réseau sautera d'une crise à l'autre.

Dans ce contexte, le ministre de la Santé passe l'essentiel de son temps à gérer des crises. Il doit être capable de les voir venir, de réagir rapidement et d'imposer son leadership aux bureaucraties et aux lobbies qui se tiraillent pour promouvoir leurs intérêts sous couvert de défendre ceux des malades.

Le ministre doit aussi pouvoir rassurer la population. À ce chapitre, le docteur Bolduc a lamentablement échoué. Presque chaque fois qu'une controverse a éclaté, son incapacité à communiquer efficacement, ses hésitations et ses changements de cap ont aggravé la crise au lieu de calmer le jeu.

Par contre, M. Bolduc a l'avantage de connaître tous les recoins du réseau de la santé. À la suite de la commission Clair, nous avons maintes fois déploré ici l'instabilité chronique qu'imposent au réseau de la santé les changements fréquents à la tête du ministère. Si le docteur Bolduc avait été remplacé cette semaine, son successeur aurait mis plusieurs mois pour se familiariser avec de nombreux dossiers plus complexes les uns que les autres. Autant de temps perdu dans des domaines qui ne peuvent attendre, notamment la revalorisation de la médecine familiale.

En fin de compte, M. Charest a sans doute bien fait de laisser le docteur Bolduc à la Santé. Le temps ­- et les prochaines crises - nous dira si M. Bolduc a assez bien appris le métier de politicien pour devenir un ministre plus efficace.