Plutôt que de se plier aux voeux de la Cour fédérale en faisant de nouvelles démarches pour venir en aide à Omar Khadr, le gouvernement Harper a choisi de porter en appel le jugement rendu la semaine dernière. Comme le procès de Khadr devant une commission militaire doit commencer dans moins d'un mois, à Guantanamo, cette décision confirme qu'Ottawa n'a aucune intention d'intervenir auprès des autorités américaines afin que soient restaurés les droits fondamentaux du jeune Canadien.

André Pratte LA PRESSE

Plutôt que de se plier aux voeux de la Cour fédérale en faisant de nouvelles démarches pour venir en aide à Omar Khadr, le gouvernement Harper a choisi de porter en appel le jugement rendu la semaine dernière. Comme le procès de Khadr devant une commission militaire doit commencer dans moins d'un mois, à Guantanamo, cette décision confirme qu'Ottawa n'a aucune intention d'intervenir auprès des autorités américaines afin que soient restaurés les droits fondamentaux du jeune Canadien.

Rappelons qu'au début de l'année, la Cour suprême du Canada a statué qu'en interrogeant Khadr à la base de Guantanamo, des agents canadiens avaient violé ses droits. La Cour a ordonné au gouvernement fédéral d'agir pour mettre un terme à cette situation, sans toutefois exiger d'Ottawa qu'il cherche à rapatrier Khadr. Selon les juges, le choix des mesures à prendre appartenait de droit à l'exécutif.

Réagissant à ce jugement, le ministère des Affaires étrangères a envoyé une note diplomatique au département d'État pour demander qu'on ne tienne pas compte, au cours du procès, des informations obtenues grâce aux interrogatoires menés par des Canadiens. Le département d'État a poliment mais fermement rejeté cette requête.

Cela nous mène au jugement rendu il y a une semaine par le juge Russel Zinn. Selon le magistrat, Ottawa ne pouvait se satisfaire de la réponse de Washington et devait tenter d'autres démarches. Le gouvernement Harper ne veut rien savoir, d'où l'appel.

Avec beaucoup d'autres, nous avons prié le gouvernement conservateur d'oeuvrer au rapatriement d'Omar Khadr. Celui-ci pourrait alors être jugé en vertu des lois canadiennes, sous la protection de la Charte des droits et libertés. Pour des raisons qu'il n'a pas jugé bon d'expliquer clairement, le gouvernement Harper a refusé d'intervenir en ce sens auprès des administrations Bush et Obama.

Malheureusement, il faut convenir que les Américains semblent peu disposés à acquiescer à une telle requête si toutefois elle était faite. On a vu qu'ils sont restés indifférents à la note diplomatique envoyée à la suite du jugement de la Cour suprême. Récemment, les procureurs américains ont offert à Omar Khadr de plaider coupable à des accusations réduites. En échange, ils lui offraient... 30 ans de prison. Une proposition aussi peu généreuse laisse penser que Washington tient beaucoup à une peine sévère dans ce dossier.

La probabilité que la commission militaire en décide ainsi est d'autant plus grande que Khadr n'aide pas sa cause. Lundi, il a fait savoir à la commission qu'il avait congédié ses avocats et qu'il allait boycotter le procès. Une décision qui manque évidemment de sagesse. Toutefois, comment ne pas comprendre le désarroi de cet homme de 23 ans, lui qui a été endoctriné par ses parents, recruté par Al-Qaida, enfermé à Guantanamo et abandonné par son gouvernement?