La question que je me pose, un peu philosophique, oh à peine, est celle-ci : faut-il corriger les fautes d'arbitrage?

Pierre Foglia LA PRESSE

Le sport est un territoire de jeu. DE JEU. De conventions. On convient que lorsque le ballon traverse entièrement cette ligne, il y a but, ou remise en touche, ou corner. On convient qu'il y a ou non hors-jeu. On convient que cette faute mérite d'être sanctionnée par un pénalty.

Dans la vraie vie, les lignes séparent le bien du mal. Dans le sport, les lignes sont affaire de convention, pas de morale. L'arbitre siffle une faute imaginaire ou le contraire : ne siffle pas une vraie faute, cela fait partie du jeu. C'est une péripétie du jeu. À la fin, il en résultera peut-être une défaite. Mais la défaite aussi fait partie du jeu.

Si j'étais entraîneur dans un sport collectif, je demanderais à mes joueurs de considérer les erreurs d'arbitrage comme un faux rebond de ballon, comme une trajectoire inattendue, comme un aléa. Surtout pas comme une injustice.

Pareillement si j'étais entraîneur d'un sport jugé - gymnastique, patinage, plongeon. Tu penses que tu méritais mieux? Peut-être. Mais tu ne peux pas demander une révision de ta note comme à l'UQAM. C'est fini. Plongeon suivant.

Tu suspectes une magouille de la juge biélorusse? Tu sais que la fille - je ne sais pas pourquoi je dis la fille - qui t'a battue au sprint était dopée? Mais tu ne peux pas le prouver. Je pense à Caroline Brunet à Sydney. À Lyne Bessette souvent. À Maryse Turcotte tout le temps. T'as le choix : ou tu débarques et tu deviens infirmière ou représentante de Wonderbra en Beauce et dans le Bas-du-Fleuve ou tu continues de faire ce que tu aimes. En te rappelant que c'est UN JEU.

Vous vous rappelez Salé-Pelletier à Salt Lake? Non, vous ne vous rappelez pas. Vous vous rappelez qu'ils s'étaient fait voler. Vous ne vous rappelez pas leur exemplaire retenue pendant que tout le monde criait au scandale planétaire. Leurs sourires étaient douloureux, mais ils montraient cette élégance, cet état d'esprit véritablement sportif dont je veux parler ici, ils n'ont jamais quitté le territoire du jeu. DU JEU.

Ce n'est pas eux qui ont fait changer la décision, c'est la foule, la pression médiatique. Juste en parler et mon indignation de l'époque - bien peu partagée! - me revient, intacte. C'était bien comme ça. Une médaille d'or en tôle. Et celle d'argent magnifique.

Mais c'était si injuste...

On s'en crisse. Dans le sport comme dans la vie, la foule, cette bête, ce troupeau de bêtes, ne peut pas avoir le pouvoir de faire changer une décision, un jugement. C'est plus grave que l'injustice.

Mais je reviens à ce ballon anglais que le monde entier a vu traverser la ligne, le monde entier, pas le juge de touche. Ce n'est même pas une erreur. Le jeu s'est déplacé trop vite, il lui était physiquement impossible de se rendre là où il aurait pu juger du tir.

Et on revient à notre point de départ. Vous dites : raison de plus d'avoir recours à la vidéo.

Je redis que les fautes d'arbitrage font partie du jeu, comme les autres fautes, celles des joueurs qui trichent, qui tirent le maillot, qui se dopent, qui font semblant d'être blessés. Tout le monde se trompe sur un terrain. Dans tous les jeux collectifs, victoires et défaites se décident sur des erreurs. C'est l'essence même du jeu.

Quand l'erreur est vraiment énorme comme l'autre jour le but anglais qui n'a pas compté, si on voulait vraiment réparer, alors il y a toujours le fair-play. Cette vieille chose tombée en désuétude qu'il faudrait bien réactiver.

Le fair-play, c'est par exemple une erreur de l'arbitre spontanément corrigée par l'équipe à qui cette erreur profite. C'est ainsi qu'on voit parfois des équipes donner volontairement le ballon à l'adversaire qui vient d'être lésé par une mauvaise décision. Il est vrai, jamais pour des gros trucs, comme un but refusé, un pénalty.

Dimanche, j'aurais osé un gros truc. Si j'avais été l'entraîneur des Allemands, à la mi-temps, j'aurais montré à mes joueurs la reprise de ce but évident qui n'a pas été accordé aux Anglais. Messieurs, on mène 2-1 mais en réalité, c'est 2-2. Voici ce que nous allons faire : à notre retour sur le terrain, on ne bouge pas sur la mise au jeu, on laisse les Anglais aller compter ce but qui leur a été volé.

Et après, on les plante.

Je déconne? Pas tant que ça. J'aurais créé l'événement du Mondial. Dans 100 ans, on en parlerait encore. Même que les gens penseraient que ce sont les Allemands qui ont inventé le fair- play. Les Allemands! T'imagines!