La Chine vient d'accorder au Canada le statut de «destination approuvée» pour les voyageurs chinois. Cette décision aura un impact énorme sur le secteur touristique canadien.

Claude Picher LA PRESSE

L'entente était à peine signée qu'Air Canada annonçait, hier, qu'elle doublera, dès l'automne prochain, sa capacité entre Toronto et la Chine, avec l'introduction de vols quotidiens à destination de Shanghai, Pékin et Hong-Kong. Pas augmenter de 20, 30 ou même 50%. Doubler! Et cela s'ajoute aux nombreux vols déjà existants entre Vancouver et la Chine.

Concrètement, l'impact sur les recettes touristiques a des chances d'être énorme. En 2008, quelque 160 000 Chinois ont visité le Canada. C'est très peu. Selon les projections du ministère du Commerce international, le statut de «destination approuvée» a des chances de multiplier ce chiffre par six d'ici 2014. Toujours selon les calculs du ministère, chaque tranche de 50 000 visiteurs chinois apporte 100 millions de dollars au secteur touristique canadien. Avec un million de touristes chinois dans quatre ans, cela représente des recettes touristiques de 2 milliards.

Malgré les turbulences politiques des dernières années, le commerce canado-chinois a progressé de façon spectaculaire depuis cinq ans. En 2004, le volume des échanges entre les deux pays atteignait 20 milliards. L'an dernier, il avait bondi à 51 milliards.

La Chine est devenue le deuxième partenaire commercial du Canada.

Mais les 51 milliards dont nous venons de parler sont, en réalité, une assez mince affaire.

La Chine n'achète que 3% des exportations du Canada, mais lui fournit 11% de ses importations. Ces deux chiffres nous indiquent évidemment que le Canada est lourdement déficitaire dans ses échanges avec la Chine (déficit de 29 milliards l'an dernier).

Le Canada n'a donc exploité qu'une infime partie de son potentiel d'exportation en Chine. On peut certainement penser qu'avec la fin des querelles, les exportations canadiennes augmenteront plus rapidement.

Pourtant, il y a à peine un an, peu de gens auraient pu prévoir un virage aussi rapide.

On a beaucoup blâmé Stephen Harper pour la détérioration des relations canado-chinoises. C'est oublier que le premier refroidissement est survenu en avril 2004, bien avant l'élection de M. Harper. Paul Martin, premier ministre à l'époque, invite le dalaï-lama à le rencontrer à Ottawa.

Pour les Chinois, qui considèrent le leader spirituel tibétain comme un dangereux séparatiste, cet entretien représente une véritable gifle, d'autant plus que M. Martin, à l'issue de la réunion, fait l'éloge de son interlocuteur.

À l'époque, je m'en souviens très bien, la réaction de l'ambassade chinoise à Ottawa est aussi virulente que stupide. L'ambassadeur affirme que cela compromet les relations commerciales entre les deux pays et ajoute, sans rire, qu'en acceptant de recevoir le dalaï-lama, Ottawa encourage les séparatistes québécois!

L'élection de Stephen Harper, un an et demi plus tard, n'arrange pas les choses. Dès le départ, M. Harper reproche à la Chine sa mauvaise feuille de route dans le dossier des droits humains. Il ne montre aucun empressement, comme chef du gouvernement canadien, à se rendre en Chine, même à l'occasion des Jeux de Pékin. Comble d'arrogance, il se permet lui aussi d'inviter le dalaï-lama, faisant monter d'un cran l'irritation des Chinois.

Au début de 2009, il n'est pas exagéré de dire que les deux pays se regardent en chiens de faïence. Les milieux d'affaires canadiens, qui voient le riche potentiel du marché chinois leur glisser sous les pieds, ne cachent pas leur frustration. Réflexe d'autant plus compréhensible que plusieurs gens d'affaires (dont Paul Desmarais père) multiplient les démarches depuis des années pour créer et développer des relations d'affaires sur le marché chinois, un des plus difficiles de la planète à l'époque. Tous ces patients efforts risquent de tomber à l'eau.

Aujourd'hui, les deux pays sont en mode réconciliation à grande vitesse.

Le premier dégel survient en avril 2009, lorsque le ministre du Commerce international de l'époque, Stockwell Day, pilote une délégation commerciale canadienne en Chine. Devant ses hôtes, le ministre se lance dans une opération charme. Il ne tarit pas d'éloges sur la croissance de l'économie chinoise, se montre enthousiaste quant au développement du commerce entre les deux pays, et annonce que M. Harper se rendra enfin en Chine avant la fin de l'année.

Et c'est ce qui arrive en décembre 2009. C'est à cette occasion que la Chine annonce que le Canada obtiendra le statut de «destination approuvée». À Ottawa, cette semaine, M. Harper et le président Hu Jintao ont officiellement entériné l'entente. Ils ont profité de l'occasion pour multiplier les déclarations de bonnes intentions. Les frictions des dernières années sont, semble-t-il, bel et bien enterrées, et cela ouvre des possibilités immenses au secteur touristique et aux exportateurs canadiens.