Extrait d'un texte de nouvelle de notre chef de bureau à Québec, Denis Lessard, le 9 septembre dernier:

Vincent Marissal LA PRESSE

«Les directives touchant les ministres seront modifiées pour empêcher qu'un membre du gouvernement puisse détenir des intérêts dans une société privée qui profite de contrats gouvernementaux, a fait savoir le premier ministre Charest.

«David Whissell a décidé de quitter le ministère du Travail, qu'il détenait depuis deux ans, afin de conserver ses actions dans une entreprise d'asphaltage, ABC Rive-Nord, dans laquelle sa famille a depuis longtemps une participation.

 

«En point de presse, après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, M. Charest a soutenu que la situation du ministre Whissell posait des problèmes de «perception».»

Si le cas de David Whissell posait des problèmes de perception, de l'aveu même de Jean Charest, que dire de celui de Tony Tomassi? Au moins, M. Whissell n'était pas ministre des Transports!

Rappelons que dans l'affaire Whissell, Jean Charest a dû faire marche arrière sur sa décision préalable de permettre aux ministres de détenir des intérêts dans des entreprises faisant affaire avec le gouvernement. Sentant la soupe chaude, le premier ministre a donc été forcé de réécrire en catastrophe ses directives pour ne plus permettre une telle situation.

Il a donc mis le ministre Whissell devant un choix très simple: se départir de ses parts dans l'entreprise ABC (qui a obtenu plusieurs contrats de Transports Québec) ou quitter le cabinet. M. Whissell a choisi la deuxième option.

Si c'est bon pour David Whissell, cela devrait valoir aussi pour Tony Tomassi, non?

D'autant plus que le ministre de la Famille est directement concerné, intéressé même, par les contrats de rénovation ou de construction des garderies.

Ce n'est pas la même chose, direz-vous, puisque l'entreprise de la famille Tomassi a eu un contrat de la garderie De chenille à papillon, une entreprise privée.

Vrai. Mais qui subventionne les garderies? Qui leur donne (ou leur refuse) des permis? Qui les inspecte? Qui autorise les travaux de rénovation? Bref, qui est le grand patron des garderies au Québec? Le ministre de la Famille, bien sûr. Difficile pour M. Tomassi de se réfugier derrière l'argument de la fiducie sans droit de regard puisque les dossiers des garderies lui passent sous le nez tous les jours à son cabinet de ministre.

Avouez que cela aussi, ça pose un problème de perception. Surtout que M. Tomassi a laissé planer un flou sur ses réponses quant aux liens entre l'entreprise familiale de construction et les garderies depuis deux jours à l'Assemblée nationale.

Jean Charest était-il au courant? Si oui, c'est donc qu'il n'y voyait aucun problème. Si non, il s'en est fait passer une!

Comme David Whissell a dû choisir entre l'asphalte et son poste de ministre, M. Tomassi devrait choisir entre les contrats de rénovation et le ministère de la Famille.

À moins que Jean Charest ne fasse ce choix pour lui et le renvoie sur les banquettes arrière, ce qui apparaît aujourd'hui comme une solution inévitable, de toute façon.

Dégommer M. Tomassi maintenant, ce serait un aveu d'échec (pour ne pas dire de culpabilité), évidemment, mais le garder en poste, c'est se condamner au pénible supplice de la goutte pour les six longues semaines qu'il reste à la session parlementaire.