Cinq ans après son ouverture, on peut dire sans se tromper que l'aventure de la Grande Bibliothèque du Québec s'est bien déroulée. La naissance de cette institution a été une réussite, tant pour la valorisation du livre et de la lecture que pour le développement de la métropole.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Cinq ans après son ouverture, on peut dire sans se tromper que l'aventure de la Grande Bibliothèque du Québec s'est bien déroulée. La naissance de cette institution a été une réussite, tant pour la valorisation du livre et de la lecture que pour le développement de la métropole.

Je dois dire qu'il y a 13 ans, quand ce projet, d'abord évoqué par la directrice du Devoir, Lise Bissonnette, a été lancé par le premier ministre Lucien Bouchard, j'ai émis de très sérieux doutes. D'abord pour des raisons de nature financière; je craignais que ce projet devienne un gouffre financier, comme la bibliothèque de France qui en avait été l'inspiration. Ensuite, parce qu'il n'était pas évident que ce projet, qui concentrait les ressources en un seul lieu pour créer une masse critique, serait la meilleure façon de lutter contre un des grands fléaux que connaît le Québec, ses déplorables habitudes de lecture. Je me suis heureusement trompé. L'aventure a été un succès.

On peut en tirer quelques leçons. La première est de nature financière. Le Québec n'a pas un niveau de vie élevé et n'a pas les moyens de ses ambitions. Il n'y a pas assez d'argent, que ce soit pour un musée, une bibliothèque, un échangeur routier ou un hôpital. Le premier réflexe, ce sera donc de privilégier les solutions bon marché. Ce n'est pas toujours la bonne approche: c'est cela qui explique l'effondrement de nos infrastructures. Dans bien des cas, une dépense en apparence élevée peut devenir un investissement judicieux. C'est le cas de la Grande Bibliothèque, un projet coûteux, mais qui a été bien géré et qui, maintenant, rapporte bien plus qu'on ne l'espérait.

Une deuxième leçon, c'est qu'un gouvernement, dans ses grands projets, doit viser plus d'un lièvre à la fois. Pour maximiser l'impact d'un investissement important, pour s'en servir comme levier, il faut sortir de la logique des silos.

Dans le cas de la Grande Bibliothèque, l'objectif premier était évidemment de nature bibliothéconomique: créer un pôle d'attraction, pour attirer une clientèle, valoriser le livre et tous ses dérivés, appuyer le réseau des bibliothèques. Ces objectifs ont été atteints. La naissance de cette institution a eu un effet d'entraînement sur l'ensemble du réseau. Sa fréquentation, trois millions de personnes par année, est le double des prévisions. Ce qui nous rappelle que, dans le cas d'un projet bien conçu, l'offre crée sa propre demande.

Mais la Grande Bibliothèque a également joué un rôle structurant dans le développement de la métropole. D'abord parce que ce fut également une intervention architecturale, grâce aux efforts de sa PDG, Lise Bissonnette. Bien des gens ont des réticences envers ce qu'ils voient comme des dépenses excessives, comme ce fut aussi le cas avec le siège social de la Caisse de dépôt. Ce devrait être le rôle de l'État de faire une contribution architecturale par le biais de ses bâtiments. Parce que cela enrichit une ville. Que ça soutient son développement. Parce que c'est un legs pour les générations futures.

Il faut aussi noter que la conception de la Grande Bibliothèque n'a pas été faite en abstraction de la dynamique urbaine. Ouverte sur la rue, l'institution a contribué à transformer le quartier où elle est construite. Ce succès est riche en enseignements sur le rôle de l'État. Il nous montre les vertus d'une intervention publique bien pensée, il nous suggère aussi quelques pistes de réflexion qui ne sont certainement pas inutiles pour enrichir les débats que nous avons actuellement sur plusieurs grands projets, que ce soit le CHUM, l'échangeur Turcot ou le train à grande vitesse.