La croissance économique a été beaucoup plus forte qu'on s'y attendait au dernier trimestre de 2009. Et tout semble indiquer que ce sera encore le cas pour le premier trimestre de 2010. La reprise canadienne sera donc plus vigoureuse qu'on le croyait. C'est ce qui a entre autres amené la Banque du Canada à revoir ses prévisions à la hausse.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

La croissance économique a été beaucoup plus forte qu'on s'y attendait au dernier trimestre de 2009. Et tout semble indiquer que ce sera encore le cas pour le premier trimestre de 2010. La reprise canadienne sera donc plus vigoureuse qu'on le croyait. C'est ce qui a entre autres amené la Banque du Canada à revoir ses prévisions à la hausse.

Maintenant qu'on a un certain recul pour mieux analyser ce qui s'est passé l'an dernier, il est peut-être temps d'écrire un épilogue sur la récession de 2009. On a eu tout faux. On ne l'a pas vu venir. Quand elle est arrivée, on a grandement surestimé sa gravité. Ensuite, on n'a pas cru que la reprise serait forte. Comme la pandémie historique de grippe qui n'a finalement jamais eu lieu. Appelons cela le syndrome A(H1N1).

Une analyse récente de la récession, dans le dernier numéro de l'Observateur économique de Statistique Canada, montre à quel point économistes, politiciens et médias se sont mis le doigt dans l'oeil. On se souvient encore qu'on nous annonçait une récession comparable à la grande crise des années 30. Eh bien! cette récession a été plus courte et moins profonde au Canada qu'ailleurs.

Ici, elle n'a duré que trois trimestres. Le recul du PIB a été de 3,6%, la baisse de l'emploi de 1,8%, soit beaucoup moins qu'en 1980-1981 ou qu'en 1990-1992. Non seulement nous n'avons pas eu de crise, mais cette récession a été moins brutale que les deux précédentes. Comment expliquer l'écart colossal entre ce qu'on nous annonçait et ce qui s'est vraiment passé?

Un premier élément d'explication tient aux limites de la science économique, dont les modèles, aussi sophistiqués soient-ils, ont le plus grand mal à pressentir les revirements. Les spécialistes, et les gouvernements qui leur faisaient confiance, ont péché par optimisme en croyait jusqu'à la fin 2008 qu'on s'en tirerait avec un ralentissement. Ils n'ont pas davantage vu venir la reprise, parce que c'est aussi un revirement. Cette erreur d'appréciation a sans doute renforcé par la peur de se tromper encore et par le réflexe de mimétisme qu'on appelle le consensus des économistes. Personne n'osait dire que la récession était modérée, même si les données permettaient de le conclure.

Deuxièmement, nos perceptions ont été colorées par ce qui se passait aux États-Unis, où la récession a été la plus forte depuis les années 30, notamment avec une baisse de l'emploi de 6% dont le pays ne se remet encore pas. Nous avons perçu la récession à travers les yeux des Américains, de leurs médias, des efforts de leur nouveau président, de leurs cotes boursières, de leurs institutions financières qui étaient dans l'oeil de la tempête.

Troisièmement, nous avons eu une mauvaise lecture de l'économie canadienne, en croyant que nous ne pourrions pas résister au choc américain. Le fameux dicton a été inversé: les États-Unis ont été frappés par une pneumonie, et le Canada n'a eu qu'une bonne grippe. Malgré l'intégration continentale, l'économie canadienne a sa vie propre.

Quatrièmement, comme pour la grippe A(H1N1), c'était la première récession médiatique, traitée en temps réel partout sur la planète. Nous avons été bombardés d'informations en boucle, avec une logique de répétition et de dramatisation qui a beaucoup fait pour créer le climat de crise. L'effet RDI, ou CNN. Quand on sait que la dynamique d'une récession repose largement sur la confiance des consommateurs, il est possible que ce bombardement d'informations négatives ait contribué à empirer la situation.

Y a-t-il une leçon à retirer de tout cela? Il faut retrouver les vertus du gros bon sens et de la sobriété. Que ce soit en santé publique ou en économie.