Ça fait du bien de lire les autres. De lire un point de vue différent. De lire le Washington Post d'hier en mangeant un burger à la dinde.

Réjean Tremblay LA PRESSE

Les journalistes de Washington se foutent bien de Carey Price et de Roman Hamrlik. Ils traitent de cette série entre le Canadien et les Capitals comme on le fait à Montréal. En prenant le point de vue de l'équipe locale.

Ce qui donne des articles où on vante la fougue d'Alexander Ovechkin et le jeu brillant et intelligent du tout jeune Nicklas Backstrom, des articles où on explique avec des illustrations comment le gros Ovie a décoché ses tirs. On raconte cette série en voyant 50% du jeu, le 50% des Capitals de Washington, comme à Montréal, les journalistes ne voient que 50% du jeu, la moitié du Canadien.

Ça ne date pas d'hier. En 1976, j'avais demandé à Fred Shero comment il avait trouvé le jeu de Guy Lapointe après une victoire du Canadien contre ses Flyers: «J'ai déjà assez de problèmes à suivre mes joueurs, penses-tu que j'ai le temps de regarder ceux du Canadien?» m'avait-il répondu.

À partir de ce moment, j'ai réalisé que la très grande majorité de mes confrères, sauf les descripteurs des matchs, ne voient que la moitié d'une rencontre. La moitié du Canadien. Sauf l'exception des très grands comme Mario Lemieux, Peter Stastny, Sidney Crosby ou Alex Ovechkin.

Lire le Washington Post m'a permis de mieux réaliser à quel point l'avance de 3-1 des Capitals est tout à fait normale. C'est ce qu'on attendait à Washington, c'est ce qu'on prévoyait et finalement, ça ne fait que se passer comme prévu.

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Parlant d'Ovechkin, on tente de fabriquer une grosse histoire avec son freinage un peu trop brutal et tardif d'avant le match. Comme il le fait toujours, Ovechkin patine à fond de train à son entrée sur la glace et freine en se pointant au banc des joueurs. Mercredi soir, il y avait un gamin vêtu de l'uniforme du Canadien et il a reçu un peu de poussière de glace quand Ovechkin a freiné devant lui.

La grosse affaire !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ben oui, le p'tit aurait pu être traumatisé. Peut-être a-t-il fait des cauchemars. A-t-il fait pipi dans son lit après la soirée? Ovechkin a-t-il voulu lui faire peur? Ovechkin est-il un vampire malgré la dent qui lui manque?

Voulez-vous bien nous sacrer patience avec ces conneries! Si Maurice Richard ou Gordie Howe avaient freiné ainsi devant moi quand j'étais petit gars, je me serais mis la tête dans le frigo pour garder la glace le plus longtemps possible. Et le lendemain, j'aurais raconté mon histoire à toute l'école. Vous voulez savoir, c'est ce que le petit gars a dû faire. Il est le seul joueur du Canadien à avoir forcé Ovechkin à freiner depuis le début des séries.

À un moment donné, faut en revenir. C'est comme la vidéo envoyé par un délateur où on voit Ovechkin et Backstrom négliger de signer un autographe. On ne sait pas où ni comment, on ne sait pas si c'était le centième qu'on leur demandait, on ne sait pas si le gars avait un crayon... gros scandale et grosse indignation. On sait bien, le gars gagne 10 millions, faut qu'il se mette à genoux pour demander pardon. Le Royaume des cieux appartient aux pauvres. C'est pour ça qu'on est si endettés au Québec, on a choisi le Royaume.

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Le Canadien tire de l'arrière 1-3 et pourtant, l'équipe a bien joué. Mais il y a une lacune flagrante dans les moments de stress. Cette équipe n'a pas un leader naturel. Pas de capitaine.

Maurice Richard, Jean Béliveau, Henri Richard, Yvan Cournoyer, Serge Savard, Bob Gainey, Guy Carbonneau, voilà des leaders vers qui tous se tournaient quand ça chauffait trop dans la cuisine. Que ce soit dans le vestiaire, dans les avions, dans les hôtels ou dans les médias, ces grands capitaines qui ont porté la Coupe Stanley à bout de bras, avaient l'autorité morale de se lever et de remettre à leur place ceux qui se décourageaient ou qui rognaient dans l'esprit d'équipe.

Après le deuxième but des Capitals à sept secondes de la fin de la deuxième période, qui donc pouvait se lever dans le vestiaire et soulever ses coéquipiers? Gionta? Markov? Gomez? Nommez votre joueur et vous aurez le même résultat. Ça ne sonne pas, ça ne dit rien. Vous le savez aussi bien que moi, il n'y a personne. Il n'y a personne parce que Jacques Martin n'a pas jugé bon de désigner son capitaine plus tôt dans la saison. Si j'ai un reproche à faire au coach du Canadien, c'est celui-là. Sinon, il a fait du bon travail.

Et aujourd'hui, y a-t-il quelqu'un qui va botter le cul aux défaitistes dans le bus qui va amener l'équipe au stade? Ou dans le vestiaire? Si oui, qui?

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On va connaître ce matin qui sera le gardien du Canadien. J'espère que ce sera Halak. C'est encore avec lui que le Canadien connaît ses meilleurs résultats. Carey Price a montré mercredi qu'il était encore bien loin d'être un gardien mature et inspirant pour ses coéquipiers. Ses deux pénalités étaient des gestes enfantins de cour d'école.

Et si les Capitals lancent au moins 45 fois contre Halak, ça veut dire que le Canadien aura une bonne chance de gagner. C'est absurde mais c'est arrivé plusieurs fois cette saison. Plus il reçoit du caoutchouc, plus le Slovaque est bon.

Donc, domination totale et complète des Capitals et victoire possible du Canadien. Ça vous va ainsi?

Photo: André Pichette, La Presse

Jacques Martin aurait dû nommer un capitaine plus tôt dans la saison. Un leader qui puisse rallier les troupes aux moments opportuns.