Maintenant que nous avons des champions mondiaux en nos murs, nous savons que les défenses de titre non obligatoires ne donnent pas toujours des combats épiques. Samedi soir, au Centre Bell, Edison Miranda était jeté dans la fosse au lion pour le plus grand plaisir de la plèbe.

Ronald King LA PRESSE

Ainsi va la boxe et le champion, qui a travaillé très fort pour atteindre le sommet, a bien droit à une soirée payante sans trop de problèmes.

Miranda n'a pas été brillant, il s'est moqué de Bute, il l'a provoqué, lui a donné des coups salauds, même après la cloche. Au troisième round, quand il a mis les poings sur ses hanches et que Bute a répondu par un sourire, Miranda allait vite regretter son geste.

Je venais de dire à mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot de surveiller l'uppercut du gauche, l'arme la plus terrible du champion. Dans les secondes qui ont suivi, Miranda était couché face contre terre. Un uppercut des enfers, comme un coup de fouet.

L'entraîneur Stéphane Larouche dit qu'un K.-O. par uppercut était l'orgasme du boxeur. On le croit.

Les envahisseurs du Sud

Pour Bute et sa bande, ce K.-O. rapide et spectaculaire est tombé à point. L'armée de HBO avait envahi le Centre Bell et mis en vedette le boxeur montréalais dans sa grande soirée de boxe du samedi soir. Ils le disent «charismatique» et ce n'est pas trop tôt.

Plusieurs portes se sont ouvertes tout d'un coup pour InterBox et son champion.

La prochaine défense sera obligatoire, c'est-à-dire contre un aspirant numéro un. À moins que...

Les proches

Après le K.-O., un gros et grand monsieur pleurait au milieu de l'arène, il s'agissait de M. Bute père.

Près de l'arène, à la table 25, se trouvaient la mère, qui faisait des signes de croix, la soeur, toute timide, et la fiancée, Helena, qui prenait des photos avec un gadget. Cette dernière, une beauté roumaine aux cheveux très noirs et dans une robe noire, est aussi allumée que son boxeur de chum. Elle m'a servi d'interprète.

Qu'est-ce que madame Bute fait ici, elle qui a toujours refusé de voir son fils se battre?

Elle est ici parce que Lucian a beaucoup insisté pour qu'on y soit tous.

Est-ce qu'elle a aimé sa soirée?

Oui, mais elle n'a pas vu le combat, elle avait le dos tourné. Elle ne peut pas regarder.

Restez-vous longtemps?

Non, nous repartons tout de suite pour la Roumanie.

Et puis un placier tout à fait poli m'a fait savoir que Lucian ne voulait pas que sa famille soit interrogée par des gens des médias.

S'cusez. Je ne savais pas. Si Lucian le dit. Lucian est le roi du Centre Bell. Et à sa place, je ferais pareil...

Assis pas très loin, le bon vieux Fernand Marcotte sympathisait avec madame Bute. «La boxe, c'est dur pour une mère.»

Table 25

Je comprends Lucian Bute d'avoir insisté pour que les siens assistent à une soirée au Centre Bell. L'ambiance est impossible à décrire, il faut voir. Les boxeurs vous diront que c'est là l'un des moments les plus gratifiants de leur métier.

Dès qu'il apparaît sur l'écran géant, puis en personne dans un nuage de fumée, et qu'il s'avance vers l'arène sur son habituelle toune de U2, Bute a 15 000 personnes très excitées à ses pieds. C'est un dieu.

La scène vaut le déplacement, même lorsqu'on arrive d'une petite ville de Roumanie. (Il n'y avait pas de danseuses en petite tenue cette fois. Une autre demande de Lucian pour la visite de sa maman?)

Je venais de voir le combat de près, première rangée au bord du ring, mais j'étais derrière le coin de Bute, il y avait un poteau, des photographes et des techniciens de HBO qui passaient devant moi. J'ai raté plusieurs détails.

Mais de la table 25, oh la la, juste à la bonne hauteur, pas très loin du ring, on voit tout très confortablement, pendant que des serveuses amènent les cocktails, le vin, la bouffe...

On parle d'une table à 2500$.

Le souhait de Lucian

Le prochain combat de Bute devrait avoir lieu en juillet contre le gagnant du combat entre l'Australien Sakio Bika et l'Américain Jesse Brinkley, qui s'affronteront en mai.

Jean Bédard, président de Sportscene et décideur d'InterBox: «Le gagnant de ce combat deviendra l'aspirant numéro un et notre prochain adversaire obligatoire. Lucian a déjà battu Bika en 2007.

«Mais nous pourrions demander une extension. Nous ne l'avons jamais fait, nous avons toujours suivi les règlements à la lettre, alors on pourrait peut-être obtenir une permission spéciale.

«C'est que Lucian veut absolument se battre en Roumanie, une fois, devant ses compatriotes. Ce serait en juillet, mais ce serait difficile d'amener l'aspirant numéro un là-bas.

«Nous avions Kelly Pavlik en tête, mais après la volée qu'il a mangée samedi, on vient de perdre un client. Et je ne suis pas certain que Pavlik aurait envie d'affronter Lucian.»

À suivre.