C'est un des endroits les plus in en ville pour voir les matchs du Canadien et un autre exemple de l'immense popularité de notre club de hockey dans toutes les couches de la société.

Ronald King LA PRESSE

La jeunesse dorée du Mile-End, élégante, instruite, en moyens, s'entasse au Bar Chez Serge du boulevard Saint-Laurent pour chaque match de la saison régulière. Il faut réserver ou laisser son nom sur une liste d'attente. Même La Presse a dû passer un examen avant d'être admise. «Je ne peux pas vous garantir une bonne table, mais il y a aura deux places pour vous et le photographe...», s'excuse le portier Adam.

Jacques Villeneuve est un habitué quand il est à Montréal. On vous montre sa table habituelle.

Deux portiers vous accueillent poliment sur le trottoir et des affiches vous avertissent: un bon Serge ne sort pas du bar avec son verre; un bon Serge respecte les voisins et garde le bruit à l'intérieur.

Le Bar Chez Serge est né d'une association entre le jeune propriétaire de l'établissement, Paulo Branco, et une publicité de la brasserie Molson sur les bons Serges. On n'y sert que des produits Molson, comme au Centre Bell. Pendant les commerciaux, un DJ coupe le son de la télé et vous fait entendre les mêmes tounes qu'au Centre Bell.

Entre les périodes, les jeunes, jolies et très sexy serveuses montent sur le bar et dansent. «Quand le Canadien gagne, raconte Paulo Branco, elles font des wet t-shirts après le match. Même parfois quand le Canadien perd. Sinon, on ne l'aurait pas fait souvent cette année.»

Curieuse jeunesse, qui mêle hockey, glamour et érotisme.

L'ambiance est intense, mais chaleureuse et civilisée. Après le match, on sort le taureau mécanique pour ceux qui auraient des fourmis dans les jambes.

Ma voisine de table, Isabelle, 24 ans: «Non, je ne m'intéresse pas au hockey. Je suis ici pour passer une soirée entre amis. Mais tous les gars à la table sont ici pour le hockey d'abord.»

Nous sommes tellement entassés que je ne peux ignorer la conversation d'un jeune couple de l'autre côté. Elle voudrait aller dans un autre bar. Mais il n'y a pas de télé là-bas, répond le garçon. Elle lui demande s'il tient absolument à regarder le hockey. J'ai cru bon intervenir pendant que le pauvre jeune homme bégayait quelque chose. Oui, je crois qu'il aimerait voir le match de hockey, mademoiselle. Le jeune homme me trouvait très sympathique. Ça s'est réglé à l'amiable.

Si vous êtes un garçon et que vous avez bu de la bière, vous vous rendez aux toilettes et il y a des petits buts de hockey dans les urinoirs. Vous visez le but. J'en ai marqué quelques-uns jeudi soir.

«La police est venue me voir cette semaine, raconte le boss Paulo, dont les parents ont immigré du Portugal. Ils craignaient du vandalisme dans la rue après le match. Déjà! Qu'est-ce que je peux y faire?»

Entre nous, la clientèle du Bar Chez Serge n'est pas du genre à incendier des voitures de luxe, mais plutôt à les conduire.

Sur le mur derrière le bar se trouve la signature du Chez Serge, une immense tête d'orignal empaillée qui se dandine de gauche à droite. Sur chaque branche de son panache, on a accroché des soutien-gorge.

À propos de l'orignal, Paulo?

«C'est une longue histoire. Un soir, mes amis et moi avons fêté quelque chose. Et nous avons beaucoup fêté. À la fin de la nuit, j'ai acheté cette tête d'orignal, mais je ne m'en souvenais pas le lendemain. Quand j'ai reçu le gros colis qui ne passait pas dans la porte de mon bureau, mes amis ont ri de moi. Ils s'en souvenaient.

«J'ai décidé d'en faire quelque chose et de l'installer là avec des décorations.»

Mes voisins de table trouvent que l'orignal à soutien-gorge est cool. Moi aussi, tant qu'à y être.

Photo: Bernard Brault, La Presse

Au bar Chez Serge, dont le concept s'inspire d'une pub de Molson, on ne vend que des produits de la brasserie. Entre les périodes, on fait jouer la même musique qu'au Centre Bell.