La mortalité liée à la grossesse et à l'accouchement a chuté de façon spectaculaire dans le monde. Selon une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet, le nombre de femmes mortes dans ces circonstances est passé d'un demi-million en 1980 à 343 000 en 2008. C'est d'autant plus remarquable que ce fléau est réputé très difficile à combattre.

MARIO ROY LA PRESSE

La mortalité liée à la grossesse et à l'accouchement a chuté de façon spectaculaire dans le monde. Selon une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet, le nombre de femmes mortes dans ces circonstances est passé d'un demi-million en 1980 à 343 000 en 2008. C'est d'autant plus remarquable que ce fléau est réputé très difficile à combattre.

Il s'agit donc d'une bonne nouvelle... que des militants de la santé maternelle ont tenté d'étouffer!

Le rédacteur en chef de The Lancet a en effet été l'objet de pressions l'enjoignant de retarder la publication d'une étude aussi optimiste. Elles venaient de militants qui, disposant de chiffres plus alarmistes, craignaient que l'article de The Lancet «brouille leur message». En clair: qu'il remette en question leur financement... «Celui qui dépeint le tableau le plus apocalyptique est celui qui reçoit le plus d'argent, même s'il doit pour cela manipuler et inventer les chiffres», analyse l'International Policy Network, un think tank londonien qui s'intéresse notamment à la santé publique.

Selon l'ONU, combattre ce type de mortalité est une affaire de 20 milliards$US par année.

De plus en plus, la science va peser sur nos vies.

Aussi, la voir manipulée - ou même soupçonnée de l'être - en fonction d'intérêts qui lui sont étrangers nourrit la question: la connaissance scientifique sombrera-t-elle un jour dans l'utilitarisme économique ou militant?

Le dossier des changements climatiques est emblématique du rôle désormais crucial de la science dans la société et de la puissance des pressions qui s'exercent sur elle.

Aujourd'hui, même les écologistes concèdent que les données utilisées par les experts accrédités par l'ONU ont été parfois manipulées, parfois dissimulées, parfois mal vérifiées, en fonction d'intérêts divers. Sur cette base, ont pourtant été échafaudées des hypothèses extrêmes allant de la destruction planifiée de l'économie planétaire jusqu'à la disparition pure et simple de l'humanité. Et l'opprobre s'est abattu sur ceux qui prônent la prudence.

La saga de la grippe A(H1N1) offre un autre exemple.

Cette semaine, l'Organisation mondiale de la santé a admis avoir «alimenté la confusion» au sujet des risques réels présentés par le virus. Or, sur la foi des prévisions des experts, proches ou non du «Big Pharma», des milliards de dollars ont été dépensés dans le monde (400 millions au Canada, où 55% des vaccins achetés n'ont pas été utilisés!). Et le doute a été stigmatisé comme une attitude antisociale.

En fait, depuis le début du siècle, on a connu une bonne douzaine de situations mettant en cause la qualité et la probité des experts - lire à ce sujet le blogue de l'édito sur Cyberpresse.

Chaque fois, la science a perdu un peu de sa crédibilité. Et elle a abandonné un peu de terrain à son exact contraire, c'est-à-dire à l'ignorance, au conformisme et à l'idéologie.