Bob Gainey est un homme flegmatique, mais il doit afficher un petit sourire de satisfaction ce matin.

Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Oui, Jaroslav Halak a été un mur devant le filet du Canadien. Et oui, Tomas Plekanec a eu le dernier mot dans la pseudo-controverse des gardiens qu'il avait involontairement lancée plus tôt cette semaine, battant un José Théodore par ailleurs excellent pour procurer au Tricolore une étonnante victoire en prolongation sur les Capitals.

Mais je retiens surtout du match d'hier soir la contribution extraordinaire de plusieurs des joueurs que l'ex-directeur général du Canadien est allé chercher lors de sa grande reconstruction de l'été dernier.

Scott Gomez et Brian Gionta ont combiné leurs efforts avec Benoît Pouliot - une autre acquisition de Gainey, plus récente celle-là - pour marquer un but égalisateur de toute beauté en troisième période. Hal Gill, dont j'ai souvent moqué la quasi-immobilité, a bloqué neuf lancers à lui seul. Michael Cammalleri a bien choisi son moment pour mettre fin à sa longue séquence de 12 matchs sans but. Et Jaroslav Spacek, en plus d'être celui qui a fait la passe à Plekanec sur le but gagnant, ne faisait certainement pas ses 36 ans: il a été phénoménal à la ligne bleue, fermant constamment la porte aux dangereux attaquants des Capitals, jusqu'à stopper un trois contre un mené par le toujours menaçant Nicklas Backstrom, en prolongation.

Spacek a aussi régulièrement freiné les efforts d'Alexander Ovechkin, presque invisible. La super-étoile russe n'a obtenu aucun lancer au but. Plus improbable que ça, Denis Coderre reste silencieux devant un micro.

C'est d'ailleurs à se demander si Ovechkin ne cache pas un petit bobo quelque part. Il était pour le moins incongru de voir le char d'assaut qu'est d'ordinaire le numéro huit des Caps se retrouver les quatre fers en l'air à la suite de mises en échec de poids mini-mouches comme Brian Gionta et Marc-André Bergeron.

Les Capitals ne sont pas l'équipe d'un seul joueur, évidemment, mais il faudra impérativement qu'Ovechkin augmente la cadence si ses coéquipiers et lui veulent atteindre leur objectif de gagner la Coupe Stanley. Sur la foi du match d'hier - un échantillon bien mince, il est vrai - ce rêve pourrait bien n'être qu'une chimère.

Loin d'être parfait

On avait annoncé avec raison que la bataille des unités spéciales serait cruciale. Le Canadien l'a remportée, marquant un but en quatre occasions en supériorité numérique tout en tenant en échec la puissante machine offensive des Capitals, incapable de profiter de quatre punitions du Canadien. Du beau travail.

Cela dit, tout a loin d'avoir été parfait pour le CH, qui a accordé pas moins de 47 tirs. Contre une équipe qui a marqué 318 buts en saison régulière - 46 de plus que sa plus proche poursuivante - c'est ce qui s'appelle jouer avec le feu.

Une des clés pour l'emporter contre les Capitals est de contrôler la rondelle et de passer le maximum de temps possible dans leur zone, pour éviter que les dangereux attaquants des Caps aient la chance de faire étalage de leur talent.

Le Canadien s'est bien repris, mais il a complètement échoué sur ce plan en première période. Ce sont plutôt les grands et rapides attaquants des Caps qui n'ont cessé de tourbillonner en zone offensive, donnant de sérieux maux de tête aux défenseurs du CH, notamment à Marc-André Bergeron.

Le Canadien peut se compter chanceux que Jaroslav Halak ait retrouvé l'assurance qui lui avait fait défaut en fin de saison régulière, notamment dans le dernier match du calendrier, contre Toronto. Le gardien slovaque a été rien de moins que sensationnel au cours des 20 premières minutes. Sans lui, le Canadien aurait subi le K.-O. avant même le premier entracte.

Au final, le CH a plutôt infligé une défaite aux points à son adversaire, qui voudra sûrement venger cet affront, demain. Quoi qu'il arrive, le Canadien a déjà accompli une performance que plusieurs sceptiques jugeaient impensable en allant vaincre les Capitals chez eux. On voulait une série? On l'a.