En jargon journalistique, on appelle cela un photo op, terme anglais pour photo opportunity, un concept de relations publiques qui privilégie la mise en scène et les belles images au détriment du contenu.

Mis à jour le 15 févr. 2010
Vincent Marissal LA PRESSE

Tous les politiciens le font et, en ce sens, la visite de Stephen Harper en Haïti n'a rien de vraiment surprenant. Il ne s'agissait pas de savoir si M. Harper irait en Haïti, mais bien plutôt de savoir quand ce voyage aurait lieu.

 

Partant de là, la question est de savoir ce que M. Harper veut vraiment aller faire en Haïti.

Dans un communiqué publié hier soir par son bureau, on titrait: «LE PREMIER MINISTRE STEPHEN HARPER SE REND EN HAÏTI POUR ÉVALUER LES EFFORTS D'AIDE ET DE SECOURS».

Foutaise. M. Harper reçoit tous les jours des «briefings» complets sur la situation en Haïti par le ministère des Affaires étrangères, par l'ACDI et par notre ambassade. Un appel de cinq minutes sur le téléphone satellitaire du brigadier général Guy Laroche lui en apprendrait aussi plus que deux jours de photo ops sur place.

Mais cela, évidemment, ne donnerait pas de belles images de M. Harper avec des petits enfants aux bulletins d'information.

Il y a un peu plus d'une semaine, les militaires canadiens, les autorités haïtiennes, les ONG et les diplomates en poste à Port-au-Prince disaient tous qu'il était trop tôt pour envisager de grandes visites de chefs de gouvernement étrangers. Trop chaotique, trop dangereux. Inutile même, voire contre-productif, parce qu'un dignitaire étranger qui débarque dans une zone dévastée comme celle-ci mobilise nécessairement des ressources sur le terrain qui pourraient être utilisées à 100 tâches plus urgentes.

La visite du président français, Nicolas Sarkozy, prévue pour mercredi, est loin de faire l'unanimité. La «saucette» de Bill Clinton dans les rues de Port-au-Prince, il y a 10 jours, a failli virer à l'émeute. Sa femme, Hillary, et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, ne sont pas sortis du périmètre sécurisé de l'aéroport.

Vrai, la dernière chose dont Haïti et sa capitale, Port-au-Prince, ont besoin en ce moment, c'est d'ajouter au chaos ambiant la lourdeur d'une opération de sécurité autour d'un dirigeant étranger.

Sur la scène canadienne, M. Harper a surtout manqué une belle occasion d'amener avec lui une délégation politique non partisane. Après tout, l'immense majorité de la diaspora haïtienne au Canada se trouve à Montréal et on ne compte aucun député conservateur à moins de 300 km de la métropole.

Cela dit, on accuserait un jour ou l'autre M. Harper de manquer de sensibilité envers Haïti s'il attendait que tous les chefs d'État étrangers aient fini de parader dans le pays pour décider de s'y rendre lui-même. D'autant plus que ce ne sont pas les affaires parlementaires qui le retiennent ici...

Sa présence en Haïti assurera une certaine visibilité à Haïti, qui risque, sinon, de passer bien loin derrière les exploits et les échecs de nos athlètes à Vancouver.

Pour le Canada, il s'agit aussi de prendre sa place, de marquer son territoire en Haïti. Le fait que M. Harper y aille tout juste avant l'arrivée très attendue de Nicolas Sarkozy n'est pas anodin. Cela fait partie du positionnement des pays amis d'Haïti en vue de la rencontre au sommet à l'ONU, à New York, le mois prochain.

Toute la question est donc de savoir ce que dira Stephen Harper en Haïti.

«Le premier ministre Stephen Harper se rendra en Haïti pour prendre la mesure de la situation humanitaire sur le terrain et discuter du processus de reconstruction», lit-on encore dans le communiqué officiel.

Souhaitons que le mot «reconstruction» englobe plus que le béton et qu'il touche aussi les institutions et la gouvernance d'Haïti. Ne retenez pas votre souffle, toutefois. M. Harper, comme les autres dignitaires étrangers qui l'ont précédé, s'en tiendra sans doute à la ligne politiquement correcte voulant que le gouvernement haïtien est et doit être le maître à bord.

Au fait, M. Harper, si vous pouviez trouver un petit recoin dans votre C-17 pour ramener une caisse ou deux de mangues, je suis en manque...

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca