Jacques Martin n'a plus de marge de manoeuvre. Ce n'est pas le temps de jouer au fin psychologue avec Carey Price ou Jaroslav Halak.

Réjean Tremblay LA PRESSE

Son équipe affronte cet après-midi la meilleure formation de la Ligue nationale depuis quelques semaines. Aujourd'hui, Jacques Martin n'a qu'un objectif en tête. Gagner à tout prix. Et s'il pense qu'il a plus de chances de gagner avec Jaroslav Halak, pas de niaisage avec le puck, qu'il envoie Halak devant le but.

Il s'occupera de l'ego blessé de Carey Price après les Jeux olympiques et quand Halak aura été échangé.

Carey Price est arrivé trop tôt avec le Canadien. Ce fut trop facile pour lui de se fier sur la décision irrévocable de Bob Gainey d'en faire le sauveur de l'organisation.

Maintenant, il est trop tard pour reculer. Mais avant de donner sa bénédiction à Gainey, Geoff Molson devrait réfléchir quelques minutes.

- Premièrement, ce n'est pas vrai que Carey Price est si fort techniquement. Le style papillon, c'est bien beau mais les meilleurs gardiens dans la Ligue nationale depuis plusieurs années sont capables de sortir du «papillon» quand la situation l'exige. Qu'on pense à Martin Brodeur qui n'a jamais voulu modifier son style pour l'épurer. Même chose pour Patrick Roy qui savait varier son style si c'était nécessaire.

- Ces grands dont je viens de parler et à qui on a osé comparer le jeune Price, avaient une autre qualité. Ils aimaient la rondelle. Ce que je veux dire, c'est que ces gaillards étaient toujours prêts à arrêter des rondelles. Dans les matchs, dans les exercices ou dans la ruelle quand ils s'amusaient avec les enfants ou des amis. Patrick Roy était toujours le premier sur la glace et souvent, il fallait que Jean Perron ou Pat Burns le chicanent pour le sortir de la patinoire. Quand Michel Roy, le père de Patrick, a donné un titre à sa biographie de Patrick Roy, il l'a appelée Le Guerrier. Pensez-vous cinq minutes que Carey Price a du guerrier dans le pif!

- Ryan Miller, Patrick Roy, Martin Brodeur et José Théodore - dans ses grandes années qu'il ne faudrait pas oublier- avaient tous une autre qualité. Ils pensaient à la game dans sa globalité. Ils étaient toujours prêts à relancer le jeu. Un hors-jeu dans leur territoire devenait un échec personnel. Avec ces hommes-là, on était certain d'une chose. Une fois le contrat signé, ils se donnaient corps et âme pour le hockey et leur équipe. Sérieux, seriez-vous prêts à clamer haut et fort que c'est la même chose pour Carey Price?

Mon éminent confrère Mathias Brunet soutenait cette semaine qu'il fallait être patient avec Carey Price. Je suis d'accord avec lui. Mais patient pour arriver à quoi? Pour garder à Montréal un bon gardien un peu insignifiant qui ne gagnera jamais rien d'important? Ou pour enfin compter sur un vrai guerrier capable de mener le Canadien jusqu'à une finale de la Coupe Stanley.

Geoff Molson fera bien ce qu'il voudra, c'est son équipe. Et comme il est encore très jeune, il a encore quarante ans devant lui pour remporter une Coupe Stanley à Montréal.

Jacques Lemaire: les négos ont échoué

Ce Jacques Lemaire est impayable. Vendredi dernier, après la défaite des Devils contre le Canadien, il est entré dans le vestiaire. Les joueurs avaient la tête basse, déçus par cette défaite: «Hé! Les gars! Regardez pas à terre! Vous n'avez pas à avoir honte. Vous avez joué un bon match. L'autre club a été plus chanceux, ça arrive. Demain, si vous jouez comme vous l'avez fait ce soir, on va gagner. Allez, on pense à autre chose», a lancé Lemaire aux joueurs.

Ils ont gagné le match du lendemain.

La personne qui me raconte l'anecdote ajoute que Lemaire est extraordinaire avec les joueurs. Encore meilleur qu'il ne l'était quand les Devils ont gagné la Coupe Stanley avec lui. Il enseigne, explique et met les joueurs en confiance.

Par ailleurs, Jacques Lemaire avait bel et bien accepté de diriger le Canadien. C'est-à-dire qu'il avait accepté l'idée. Mais les négociations ont échoué quand est venu le temps de négocier son salaire. Jacques sait compter; en fait, il sait beaucoup compter et il voulait un salaire qui doublait ce que Bob Gainey était prêt à verser. Faut dire qu'il n'y a que 21 300 spectateurs par match au Centre Bell, qu'il se vend des produits dérivés par millions, que les droits de télévision rapportent plus de 20 millions par année et que donc, on n'avait évidemment pas les moyens de se payer Jacques Lemaire.

Même si le salaire de Lemaire n'aurait pas été inclus dans la masse salariale de l'équipe. Sans doute qu'il fallait continuer à payer le salaire de Guy Carbonneau. Mais au moins, on avait fini avec le salaire de Claude Julien.

Mon Dieu que Geoff Molson doit être patient...

Roger Federer...ouf!

Le tennis a toujours été mon sport favori avec le football et la boxe. J'ai vu jouer les meilleurs de l'histoire. À la télé ou en personne. À un moment donné, j'ai pensé que Rafael Nadal pourrait remplacer Roger Federer comme meilleur joueur au monde. Pas de tous les temps, mais des présentes années.

Nadal est encore blessé et le fluide Federer a valsé avec élégance à travers sa demi-finale hier à Melbourne sans même sembler faire des efforts. Une démonstration incroyable. Coups droits liftés, revers brossés ou coupés à une main, services profonds et puissants, anticipation constante; c'est le genre de match qu'on devrait garder sur un DVD pour le montrer dans toutes les écoles de tennis de la planète.

C'est l'anticipation qui a fait la différence. Federer était toujours sur la balle pour la frapper avant le sommet du bond, Ça peut sembler facile à l'écran mais vous essayerez de le faire même pendant un simple exercice...

Quant à Nadal, il souffre encore d'une blessure aux genoux. Il n'a jamais subi de tests positifs mais je sais une chose: le Rafael Nadal de 18 à 20 ans était plus costaud, plus fort et beaucoup plus musclé que le Rafael Nadal des deux dernières années. Souvent, ces poussées de musculation qu'on peut obtenir avec des suppléments alimentaires dans ses céréales endommagent les tendons et les ligaments. C'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.

Kurt Warner: Jésus était un dur!

Mon quart favori a annoncé qu'il prenait sa retraite. L'histoire de Kurt Warner est émouvante. Il a peiné dans la Arena Football League et dans la World avant de se retrouver commis dans un supermarché. Pas mal voyou et amant de la bouteille et d'autres substances, il a rencontré une blonde formidable et Jésus et pas nécessairement dans cet ordre.

Il y a des chrétiens nouvellement convertis qui sont pesants avec leur Jésus. Kurt Warner n'a jamais tenté d'imposer son choix de vie à personne. Il a fait ce qui était le mieux pour obtenir l'attention des gens, il a gagné des matchs de football. Autrement dit, il a fait son boulot de façon honnête et sincère.

Et surtout, de toutes les histoires des Évangiles, il s'en est rappelé une qui est pas mal intéressante et qui va bien avec le football. Un bon chrétien n'a pas à être fadasse, après tout, Jésus ne s'est pas gêné pour botter le cul des vendeurs du Temple quand il a décidé de faire le ménage. Kurt Warner ne se sera pas gêné de botter le cul des défenses adverses tout au long de ces 12 belles saisons.

L'an prochain, il va nous rester Brett Favre pour triper...

Maurice Dumas...un autre qui s'en va...

La semaine dernière, c'était Bertrand Raymond. Cette semaine, c'est Maurice Dumas, le directeur des sports du Soleil qui s'en va. Maurice était un élève de Claude Larochelle. Il a toujours su écrire un bon texte en nous racontant les histoires du point de vue de l'athlète. On s'est tapé des voyages inoubliables ensemble et ça remonte aux années des Nordiques dans l'Association mondiale de hockey. Colérique mais grand coeur, amant du baseball comme du hockey, Maurice aura toujours eu à coeur le développement de la ville de Québec. Disons qu'à ce titre, il aura eu plus de succès que ceux qui souhaiteraient le développement de Montréal.

Ça fait un autre vétéran qui s'en va. Nous, les jeunes, allons tenter de poursuivre l'oeuvre commencée...