Ils étaient 18 à poser fièrement devant les caméras, hier midi, dans leur blouson noir tout neuf de l'équipe olympique canadienne de ski acrobatique. Dix-huit athlètes - 10 gars et huit filles - qui représenteront le Canada dans trois disciplines aux JO de Vancouver: les bosses, les sauts et le petit nouveau, le ski cross.

Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Dix-huit athlètes, 18 sourires. Cela faisait un peu oublier, sans pour autant les occulter, la tristesse et la déception de ceux et celles qui resteront derrière, victimes d'un processus de sélection qui, pour emprunter l'expression du bosseur québécois Maxime Gingras, comparait «des poires, des bananes et des oranges».

Parmi les skieurs qui brillaient par leur absence, hier, à la présentation de l'équipe: le sauteur québécois Olivier Rochon. Son rêve de participer aux Jeux de Vancouver s'est éteint dimanche, à Lake Placid, quand le skieur cross David Duncan a fini sur la troisième marche du podium lors de l'ultime course comptant dans le processus de sélection.

Ancien gymnaste converti au ski acrobatique après des blessures aux poignets, Rochon n'a que 20 ans. Il en est seulement à sa deuxième saison sur le circuit de la Coupe du monde, dont il a été sacré recrue par excellence il y a un an. Il pourra selon toute vraisemblance se reprendre aux Jeux de Sochi, en 2014.

Mais son exclusion n'en est pas moins symptomatique d'un système de sélection boiteux qui met tout le monde mal à l'aise. «Je trouve dommage que des athlètes soient obligés de se mesurer à des athlètes d'autres disciplines, surtout que le ski cross est pas mal plus proche du ski alpin que du ski acrobatique», a dit l'entraîneur de l'équipe nationale de développement, Nicolas Fontaine, qui a recruté Rochon il y a cinq ans.

Le Comité international olympique a accepté le ski-cross après les Jeux de 2006. Mais comme le CIO limite de façon stricte le nombre de participants aux Jeux, la Fédération internationale de ski a regroupé la nouvelle discipline avec les bosses et les sauts et a ajouté seulement quatre places au quota de 14 athlètes par pays en vigueur en 2006.

Au Canada, la sélection s'est faite, grosso modo, en fonction des quatre meilleurs résultats de chacun au cours des deux dernières saisons. Comme c'est souvent le cas avec les sports nouvellement admis aux Jeux - pensez au hockey féminin, au skeleton ou au patinage de vitesse courte piste -, le Canada excelle en ski cross, notamment chez les femmes: Ashleigh McIvor, Julia Murray et Kelsey Serwa sont respectivement deuxième, troisième et quatrième au classement de la Coupe du monde. Au total, les skieurs cross canadiens ont raflé sept des 18 places disponibles.

Or, Ski Cross Canada est une fédération sportive distincte de Ski acrobatique Canada et ses membres ne viennent plus, comme autrefois, du ski de bosses, mais plutôt du ski alpin traditionnel. Son chef de la direction, Cam Bailey, a reconnu hier que le processus de sélection était «loin d'être idéal» en raison du quota. D'autres, comme Dominick Gauthier, entraîneur des bosseurs Jennifer Heil et Alexandre Bilodeau, ont été plus directs.

«Ce n'est pas juste de comparer trois sports qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, a dit Gauthier. La seule chose qu'on a en commun, c'est d'avoir des skis dans les pieds. Ça me rend fou. Je vais me faire un devoir après les Jeux de travailler à changer ce système à la con. C'est frustrant pour tout le monde. (...) Depuis un mois, les athlètes regardent un sport (le ski cross) qui n'a rien à voir avec le leur, et ils espèrent que le gars ne fasse pas trop bien parce que ça pourrait leur coûter leur place aux Jeux!»

Les bosseurs n'ont pas été trop affectés. Sept d'entre eux, dont six Québécois (Heil, Bilodeau, Gingras, Pierre-Alexandre Rousseau, Vincent Marquis et Chloé Dufour-Lapointe), iront aux Jeux.

Mais les sauteurs, eux, ne seront que quatre, dont une seule femme, la Torontoise Veronika Bauer, qui participera à ses troisièmes JO. «Je suis déçue que mes coéquipières ne puissent être avec moi. Je n'ai jamais vécu ça. Tous les espoirs de médaille de mes coachs et mes coéquipiers reposent sur moi. C'est plus de pression que j'en ai jamais ressenti.»

Cela dit, l'approche canadienne respecte en tout point la volonté explicite du Comité olympique canadien de gagner un maximum de médailles à Vancouver. Pas moins de 12 des 18 athlètes sélectionnés sont déjà montés sur le podium en Coupe du monde. «Nous essayons d'envoyer des gens qui peuvent gagner des médailles, a dit David Duncan. C'est l'objectif ultime de l'équipe canadienne et c'est une façon facile de comparer: qui gagne des médailles.»

Le Canada est, au fond, victime de son succès en ski acrobatique. Il ne lui reste qu'à espérer que le CIO et la FIS acceptent de revoir leurs quotas à la hausse à l'avenir. Sinon, il y aura d'autres Olivier Rochon dans quatre ans.