Dans un monde idéal, le prolongement du métro comme le souhaitent les villes de Laval, de Longueuil et de Montréal serait une excellente idée pour la grande région métropolitaine. Cela désengorgerait le réseau routier, améliorerait le service aux usagers, tout en permettant aux principaux maires de la région de montrer qu'ils sont capables de s'asseoir à la même table et de concevoir une vision commune. Ce qui n'arrive pas souvent, il faut l'admettre.

Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Nous ne sommes malheureusement pas dans un monde idéal: nous traversons une période économique difficile. Dans ce contexte, il faut donc se demander si le prolongement du métro est la meilleure façon d'investir l'argent public.

 

La réalité, c'est qu'il serait beaucoup plus prudent de maximiser les milliards de dollars en investissant dans les transports de surface, beaucoup moins chers que le métro.

La nécessité de poursuivre la ligne bleue vers l'est a déjà été démontrée. On en parle depuis les années 70. Mais elle pourrait très bien s'arrêter au boulevard Pie-IX, où on nous promet depuis des lunes une éventuelle voie réservée pour un service de bus rapide.

Même observation pour Longueuil et Laval. Le métro représente-t-il le meilleur investissement possible?

À Longueuil, les transports en commun en surface sont déjà bien développés. Pourquoi ne pas les bonifier avec un tramway?

Même questionnement pour Laval, qui pourrait être desservi par un excellent service de bus rapide et de trolleybus. À condition, bien entendu, d'avoir le courage de réserver des voies aux transports en commun.

Le Plan de transport de Montréal, qui célébrera son deuxième anniversaire cette année, énumérait 21 priorités. Le maire Tremblay a déjà convenu qu'il serait difficile de trouver les 8 milliards de dollars nécessaires pour le concrétiser. Et on parle d'investir des milliards dans un seul projet?

La prudence, nous l'avons dit, est de mise. En investissant pour creuser des tunnels (sans compter les nouveaux wagons de métro, une dépense de plusieurs milliards supplémentaires), on court le risque qu'il ne reste plus un sou pour d'autres projets de transports en commun.

Il serait d'autant plus imprudent de s'engager dans un projet d'une telle envergure sans avoir d'abord identifié une source de financement des transports en commun stable et récurrente. Les investissements massifs dans les infrastructures ne seront pas renouvelés chaque année, il faut donc prévoir des solutions de rechange.

Plusieurs scénarios ont été suggérés au fil des ans: péage régional, taxe sur l'essence, etc. Rien n'a encore été décidé. Le responsable du transport à la Ville, André Lavallée, avait annoncé un vaste débat public sur la question, débat qui n'a pas eu lieu. En attendant que les élus régionaux s'entendent sur un moyen de financer les transports collectifs, il faut investir les milliards de façon optimale. Le métro n'est donc pas la meilleure option.