Comme l'économie canadienne, le Parti conservateur de Stephen Harper est officiellement en récession.

Vincent Marissal LA PRESSE

Selon la maison de sondage CROP, le gouvernement de Stephen Harper vient de connaître deux trimestres de croissance négative, aussi bien dans les intentions de vote que pour le taux de satisfaction des électeurs.

Et contrairement à l'économie, aucun signe positif ne laisse présager une reprise prochaine pour les conservateurs. En fait, le PCC est gelé à 15% dans les intentions de vote générales et congelé à 13% chez les électeurs francophones.

De plus la cote du gouvernement et du premier ministre sont aussi au plus bas : 65% de taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement (un «record» pour le gouvernement Harper) et seulement 15% pour M. Harper à la question «quel chef ferait le meilleur premier ministre», contre 39% pour Michael Ignatieff et 21% pour Jack Layton.

Seule note encourageante pour les conservateurs : ils s'accrochent à 23% dans la région de Québec (contre 33% pour les libéraux et 24% pour le Bloc) et peuvent ainsi espérer sauver quelques-uns de leurs sièges. Ailleurs au Québec, ils font la lutte au NPD pour la troisième place.

Il y a une autre «bonne» nouvelle pour les conservateurs dans ce sondage : le Parti libéral de Michael Ignatieff a stoppé sa progression et montre même les premiers signes de recul. En un mois, le PLC a perdu 5% dans les intentions de vote générales et 6% chez les électeurs francophones. Dans les deux cas, c'est le Bloc qui profite du recul libéral.

Cette correction des intentions de vote du PLC ne rapporte rien aux conservateurs puisque que ce sont les bloquistes qui récoltent, mais elle limite tout de même, si elle devait se confirmer dans les prochains mois, les gains possibles des libéraux.

Comment expliquer le tassement des appuis des libéraux?

Dans un autre sondage rendu public hier, la firme Angus Reid affirme que les publicités négatives lancées par les conservateurs contre Michael Ignatieff ont freiné son élan.

Il est vrai que ces publicités ont beaucoup fait jaser (c'est le but premier d'un tel exercice). Elles ont peut-être semé le doute dans l'esprit de certains électeurs qui ont décidé de retourner au Bloc québécois pour le moment. C'est donc dire que les conservateurs font la job de bras pour le Bloc, mais ça aussi, c'était voulu.

Il est vrai aussi que les libéraux sont bien discrets depuis leur congrès de Vancouver, il y a près d'un mois. Michael Ignatieff ne semble compter que sur sa personnalité et il n'a donné à ce jour aucune raison, aucun argument politique, aux électeurs.

Le Bloc, dans les circonstances, redevient la bonne vieille valeur refuge, d'autant que Gilles Duceppe a un avantage qu'aucun de ses adversaires n'aura jamais au Québec : une intimité avec l'électorat québécois.

Vrai, le Bloc ne prendra jamais le pouvoir, mais avec le Bloc, les Québécois savent à quoi s'attendre. Pas avec Michael Ignatieff.

Le danger pour le nouveau chef libéral est que la curiosité des Québécois à son égard s'estompe, que ceux-ci «kick les pneus», comme disent les Anglais, mais qu'ils décident de garder leur vieille voiture.

Malgré le recul, les libéraux affirmaient hier suivre un plan de match prévu et voulu. Pas question de sortir tout de suite les gros morceaux du futur programme politique, qui deviendraient alors des cibles de choix pour les conservateurs. Trop en faire en ce moment serait contre-productif, disent des conseillers de Michael Ignatieff.

Vaut mieux garder les munitions pour donner un grand coup dès la rentrée. En dépit des quelques pas en arrière de Michael Ignatieff cette semaine, le scénario d'élections à l'automne tient toujours pour les libéraux.

Pas le choix, disent des libéraux interrogés, il serait trop risqué de laisser survivre le gouvernement. Selon un stratège libéral, Michael Ignatieff a appris ce qu'il ne faut pas faire quand il était le chef adjoint de Stéphane Dion : menacer sans cesse le gouvernement, puis s'écraser chaque fois que l'occasion de le renverser se présente.

Les libéraux croient par ailleurs que, selon toute logique, le gouvernement se défera seul, aidé en cela par la récession.

Le déficit record en vue (plus de 50 milliards $) et les pertes d'emplois anticipées feront plus, disent les libéraux, que toutes les charges à fond de train contre le gouvernement.

À condition, bien sûr, que le recul enregistré par CROP le mois dernier, ne soit que passager. Autrement, c'est le Bloc, encore une fois, qui profitera le plus de la conjoncture.

Pendant ce temps, à Québec, Jean Charest s'en tire relativement bien, compte tenu du mauvais printemps assombri par le dépôt d'un premier budget déficitaire, par les déboires de la Caisse de dépôt et par les tergiversations entourant le nouveau code d'éthique.

Le Parti québécois de Pauline Marois est en tête, mais pas de beaucoup. Compte tenu de la quasi-disparition de l'ADQ de l'écran radar politique, le PQ devrait normalement être plus haut dans les intentions de vote. Idem pour la cote de confiance envers sa chef.

Parlant de l'ADQ, ses militants auront au moins une bonne nouvelle pour leur conseil général, cette fin de semaine à Sainte-Foy: selon CROP, une majorité de Québécois croient que le parti survivra au départ de Mario Dumont (48% contre 40%).