Les audiences publiques sur la revitalisation du boulevard Saint-Laurent et la construction du 2-22 Sainte-Catherine ont réveillé les nostalgiques du Red Light montréalais. Mais où étaient ces défenseurs du patrimoine au cours des dernières années? Depuis l'annonce du projet piloté par la Société de développement Angus, projet qui devrait transformer cette portion du boulevard Saint-Laurent, nombreux sont ceux qui s'émeuvent de la disparition annoncée des quelques commerces à moitié morts.

Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Or il faut s'y promener pour constater le déclin de ce coin du centre-ville. À part l'activité générée par le Monument-National, le Club Soda et la Société des arts technologiques (SAT), le coin est carrément sordide.

 

Au sud des locaux de la SAT, la place de la Paix est la triste vitrine des problèmes de toxicomanie et de santé mentale à Montréal. Un peu plus haut, le trottoir en face des peep-shows mal entretenus ressemble à un cendrier à ciel ouvert. Soyons réalistes: les quelques clients qui traînent par ici ne vont pas bien et surtout, ils ont bien peu à voir avec le passé sulfureux du Red Light des années 50.

Quant au Montreal Pool Room, les clients ont déserté l'endroit depuis fort longtemps. Est-ce que ceux qui pleurent sa mémoire y ont mangé un hot-dog récemment?

Bref, ce coin est à l'abandon et avant qu'un promoteur ne manifeste son intérêt, on ne se bousculait pas au portillon pour revamper l'endroit.

Est-ce que cela signifie qu'il faille dérouler le tapis rouge aux démolisseurs? Absolument pas. Les consultations publiques seront sans doute l'occasion pour ceux et celles qui ont de bonnes idées de les faire entendre. Il n'est pas question de raser le patrimoine montréalais pour couler du béton mais plutôt de l'intégrer intelligemment, de le rappeler avec subtilité. Bien sûr que personne n'a envie d'un complexe à la DIX30 dans l'ancien quartier du Faisan Doré. Pourquoi pas un comptoir à hot-dogs où le célèbre steamé s'intégrerait à un menu plus actuel? Et il y a sans doute une façon brillante de faire un clin d'oeil aux cabarets qui ont fait la renommée de la Main? D'autres villes dans le monde sont capables d'évoluer tout en évoquant leur passé. Cela devrait pouvoir se faire à Montréal aussi.

Il faudrait également rappeler d'une façon ou d'une autre que ce quartier a également été le haut lieu de la prostitution à Montréal et qu'il est donc un témoin important de l'histoire de milliers de femmes qui y ont travaillé au prix de leur vie. Bref, il faut pouvoir faire revivre ce quartier sans effacer son passé, glorieux ou pas.

Le vrai débat, lui, touche les questions architecturales et c'est sur ce point que la Ville doit faire preuve de vigilance. Est-ce qu'un gros bloc de verre et un édifice de 12 étages sont compatibles avec les structures du quartier? Ne risquent-ils pas de le défigurer? Il faut construire des bâtiments qui traverseront les années avec panache.

D'ici là, qu'on ne vienne pas pleurer sur les façades en ruine et les trous à rats qui ont pignon sur rue.

nathalie.collard@lapresse.ca