Le moins que l'on puisse dire, c'est que le ministère des Transports du Québec manque de doigté dans le dossier de la reconstruction de l'échangeur Turcot.

Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Il se présente aux séances du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) sans maquette du futur échangeur. Il parle de voies réservées aux transports collectifs sans avoir présenté son projet final aux dirigeants de la Société de transport de Montréal. Il propose une infrastructure qui ne respecte pas l'esprit du plan de transport de la Ville de Montréal.

 

Bref, malgré le fait qu'il se dise ouvert aux propositions, le MTQ arrive avec ses gros sabots et donne l'impression de vouloir faire cavalier seul.

Dans ce contexte, il ne faut pas s'étonner de la méfiance des opposants qui se sont vu refuser cette semaine le report des audiences.

Le Ministère des Transports devrait montrer un petit peu moins d'arrogance dans ses relations avec les autres acteurs municipaux, qu'il s'agisse d'élus, d'organismes ou de simples citoyens.

La reconstruction du complexe Turcot est l'exemple parfait d'un projet qui exige du tact et une certaine ouverture au dialogue.

Le Ministère n'est pourtant pas complètement fermé aux propositions. La preuve: au fil des semaines et des consultations, il a modifié certains aspects du tracé original.

On sent toutefois l'urgence d'agir. Comme si le pic de démolition s'impatientait en coulisse...

Est-ce possible, sans mettre la sécurité des automobilistes en péril, de prendre le temps de mieux expliquer la reconstruction du complexe Turcot et ses impacts dans les différents quartiers touchés, documentation pertinente à l'appui?

Le ministère avait le choix entre quatre options pour Turcot. Dans l'étude d'impact déposée au BAPE, on trouve un chapitre consacré aux solutions et justifications du scénario retenu. On peut y lire entre autres que le choix de la reconstruction plutôt que la réfection permettra «la correction de problématiques actuelles».

Dans les faits, la volonté de corriger du MTQ semble assez limitée.

Notre inquiétude est d'autant plus vive que le vérificateur général du Québec n'a pas été impressionné par la performance récente de ce ministère. Dans son plus récent rapport, M. Lachance soulignait que le plan d'action du MTQ n'avait pas été révisé depuis 2000 et que depuis 2004, il n'y avait eu aucune rencontre du comité de suivi. Il notait également que les fonctionnaires de ce ministère travaillaient avec des outils périmés. Enfin, le vérificateur général observait que le MTQ ne tenait pas compte des récentes informations sur l'impact de l'auto sur la santé publique et l'environnement. À la lumière de ces conclusions, il est tout à fait légitime d'exiger de la part du MTQ une plus grande transparence ainsi qu'une plus grande ouverture d'esprit. Le nouveau complexe Turcot sera dans le décor pour le prochain demi-siècle au moins. D'où l'importance de se doter du meilleur projet possible.