Sidney Crosby 1, Alexander Ovechkin 0. Après six matchs enlevants, le premier chapitre de ce qui est en passe de devenir LA grande rivalité du hockey contemporain s'est terminé sur une note décevante, mercredi soir, avec la victoire trop facile de 6-2 des Penguins de Pittsburgh sur les Capitals de Washington.

Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Malgré cette fin en queue de poisson, la série nous aura permis de savourer le jeu de deux joueurs extraordinaires. Deux joueurs qui n'ont pas croulé sous la pression énorme générée par les attentes placées en eux, mais ont plutôt semblé se stimuler mutuellement à repousser leurs limites.

Les deux superstars ont terminé la série avec des fiches quasi identiques: huit buts et 14 points pour Ovechkin, huit buts et 13 points pour Crosby. Leur rivalité a probablement atteint son paroxysme dans le deuxième match, une victoire de 4-3 des Capitals dans laquelle les deux joueurs ont réussi un tour du chapeau.

Mais à ce petit jeu - qui nous a fait rêver rétrospectivement de ce qu'aurait pu être une série opposant les Oilers d'Edmonton (ou les Kings de Los Angeles) de Wayne Gretzky aux Penguins de Mario Lemieux -, c'est finalement Crosby qui est sorti vainqueur. Un dénouement qui n'a pas surpris outre mesure son ancien entraîneur chez l'Océanic de Rimouski, Doris Labonté.

«Cette conclusion, c'est ce à quoi on s'attend toujours de la part de Sidney Crosby, a-t-il dit quand je l'ai joint au téléphone à Rimouski, hier. À chaque étape de sa vie, depuis l'époque où il jouait dans le midget à 14 ans, il a montré une capacité d'adaptation incroyable aux situations et aux défis auxquels il est confronté. Il s'améliore avec l'opposition qui est devant lui et entraîne les autres derrière lui.»

Il était hautement symbolique que le capitaine des Penguins subtilise la rondelle à Ovechkin pour s'échapper et marquer le dernier but des siens dans l'ultime victoire contre les Capitals, mercredi. Bien sûr, les Caps, qui jouaient avec un homme en moins, devaient prendre des risques pour revenir dans le match. Mais le sens de l'anticipation dont a fait preuve Crosby est emblématique du joueur complet qu'il est.

«Il n'y a personne qui a un meilleur package que Sidney Crosby. Il n'a rien à envier à Steve Yzerman ou à Joe Sakic, d'autres joueurs complets qui ont été des leaders exemplaires, a dit Labonté, qui souligne que Crosby a l'habitude de se mesurer aux meilleurs. Il vit avec ça chaque soir depuis l'époque du junior. On jouait 70 parties par saison et à chaque match, il était tout le temps comparé au meilleur joueur de l'autre équipe. Il vit toujours avec la comparaison.»

Crosby n'est pas aussi imposant physiquement qu'Ovechkin ou Evgeni Malkin. Mais il compense les quelques pouces qu'il leur concède par une vision du jeu exceptionnelle, une coordination oeil-mains hors du commun et, surtout, un désir de vaincre et une volonté de constamment s'améliorer qui ont peu d'égaux dans le hockey professionnel. Qu'il marque un but sur ses genoux ou qu'il saisisse la rondelle en plein vol avec le manche de son bâton, vous pouvez être certain qu'il a répété ces gestes à l'entraînement, dans l'espoir qu'un jour ils lui servent en situation de match.

«Sa façon de se comporter est exceptionnelle, m'a déjà dit son coéquipier Maxime Talbot. Lors des entraînements, il ne connaît jamais de relâchement. Même chose dans le gymnase. C'est un bel exemple pour tout le monde. Il y a peut-être des joueurs qui ont été habitués à moins travailler parce qu'ils ont beaucoup de talent. Pas lui.»

Il serait évidemment réducteur d'attribuer à Crosby tout le mérite du triomphe des Penguins. Au-delà des performances individuelles, il ne faut pas oublier que les Penguins ont une année d'avance sur les Capitals dans le processus de relance de leur équipe. Ils ont atteint la finale de la Coupe Stanley l'an dernier. Ils ont plus d'expérience de ces matchs où tout est à l'enjeu. Les Capitals avaient réussi le coup contre les Rangers de New York au premier tour, mais ils ont été un peu à court contre les Penguins. Leur tour, et celui d'Alexander Ovechkin, viendra.

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C'était la série rêvée pour les gens de marketing de la Ligue nationale de hockey, une occasion de capter l'attention du public américain. Crosby contre Ovechkin. L'ardent Nord-Américain contre le Russe flamboyant. Le passeur de génie contre le dangereux franc-tireur. Une trame narrative accrocheuse, un spectacle de tous les instants. Du bonbon.

Sauf que ça n'a pas fonctionné. Ou si peu. Car si la LNH a réussi à attirer l'attention des médias - jusqu'au vénérable Wall Street Journal, qui a consacré un long papier à Ovechkin -, elle a été incapable de générer des cotes d'écoute dignes de ce nom.

Un seul match de la série, le premier, a été présenté à NBC. Le reste a été l'affaire de Versus, une chaîne obscure que 40 des 115 millions de foyers des États-Unis ne captent même pas.

Un article paru sur time.com soulignait cette semaine que le quatrième match, le 8 mai, a attiré à peine 647 000 téléspectateurs, ce qui lui a valu le... 81e rang au palmarès des émissions câblées les plus écoutées ce soir-là! Quand un épisode de Batman au Cartoon Network (1,5 million de téléspectateurs) est deux fois plus populaire qu'un face-à-face aussi médiatisé que celui entre les Penguins et les Capitals, tu sais que tu as un sérieux problème. Les déboires financiers des Coyotes de Phoenix ne doivent pas être le seul souci de Gary Bettman par les temps qui courent.