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Le Canada de M. Ignatieff

André Pratte
La Presse

Des commentateurs ont reproché au chef libéral, Michael Ignatieff, de ne pas avoir encore présenté de propositions concrètes à la population. Vrai, on ne sait pas précisément ce qu'un gouvernement Ignatieff ferait pour stimuler l'économie, mater le déficit ou lutter contre les changements climatiques.

Toutefois, le nouveau livre du chef de l'opposition officielle (Terre de nos aïeux, chez Boréal) nous en dit beaucoup sur sa conception du pays où il est revenu s'installer après plusieurs années d'absence. Cette conception nous semble susceptible de plaire à plusieurs Québécois.

 

D'abord proche de la pensée de Pierre Trudeau, comme celui-ci intellectuel public et citoyen du monde, Michael Ignatieff en est venu, au fil de ses recherches sur l'identité, à accepter le nationalisme comme une donnée inéluctable. Cette force peut certes mener à de terribles excès - d'où le titre de son célèbre ouvrage publié il y a 15 ans, Blood and Belonging - mais elle est aussi un ancrage essentiel.

Ce constat a amené le député torontois à conclure que n'arrivera jamais un jour où le «problème canadien» sera réglé. Le pays sera toujours confronté au défi de la coexistence entre des peuples porteurs de mythes nationaux rivaux. Le Canada, par conséquent, demeurera une oeuvre inachevée, un extraordinaire projet. Le chef libéral ose même se poser cette question, troublante venant d'une personne qui aspire à gouverner le pays: «Le Canada est-il possible?»

Cette compréhension intime de la difficulté de la fédération canadienne porte M. Ignatieff à l'ouverture à l'endroit de ceux qui ne voient pas le pays comme lui. Il aimerait convaincre les Canadiens de faire preuve de la même tolérance, de la même patience. Ignatieff, on le voit, est un idéaliste. Il n'y a là rien de mal, au contraire.

Autant que l'hostilité, l'indifférence mutuelle dans laquelle nous glissons depuis quelques années conduit à l'impasse: «Si nous voulons survivre en tant que pays, il nous faudra comprendre ce que nous avons du mal à comprendre. (...) Le Québécois qui a perdu deux référendums reste un concitoyen. Il rêve peut-être encore d'indépendance. Pourtant, il faudra travailler avec lui, ne serait-ce que jusqu'au prochain épisode de rupture.»

La permanence du débat sur l'unité du pays n'exaspère pas l'ancien journaliste: «Les citoyens ne s'entendent pas toujours sur ce que leur pays représente, sur la voie qu'il doit suivre. Ces désaccords sont inhérents à la vie de tout pays qui se dit libre.»

C'est peut-être parce qu'il a tant voyagé, parce qu'il n'a pas été dans les tranchées de nos grandes batailles nationales que le chef libéral est aujourd'hui en mesure de garder un tel recul. Ce qui ne l'empêche pas d'être convaincu de la valeur intrinsèque, universelle du projet canadien: «Nous n'aimons pas notre pays parce que nous pensons qu'il est parfait, ni même satisfaisant, mais parce que nous sommes convaincus qu'il peut changer.»

Cela ne nous dit pas comment un gouvernement Ignatieff aborderait tel ou tel problème. Mais au moins, on sait que le chef libéral sera porté à la conciliation plus qu'à l'affrontement. Comme il l'écrit en citant un dicton autochtone, «pour imaginer le Canada, il faut marcher longtemps dans les mocassins de quelqu'un d'autre».

 




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