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Congestion: pire que pire

Claude Picher
La Presse

Dans un très intéressant reportage publié dans La Presse d'hier, mon collègue Bruno Bisson nous apprenait que la congestion du réseau routier montréalais entraîne des coûts de 1,4 milliard de dollars par année.

Ce chiffre est extrait d'une étude publiée la semaine dernière par le ministère québécois des Transports. Il tient compte du temps perdu par les automobilistes, de l'usure des véhicules, du gaspillage de l'essence et des coûts environnementaux. En ce sens, il est sans doute plus précis de parler de pertes que de coûts. L'étude couvre la grande région métropolitaine de recensement, c'est-à-dire l'île de Montréal, Laval, la Rive-Sud immédiate (Longueuil et environs), la couronne nord (de Mirabel à Repentigny) et la couronne sud (de Rigaud à Verchères en incluant Saint-Jean-sur-Richelieu).

 

Un des aspects les plus paniquants du document concerne le rythme absolument fou d'expansion des pertes socioéconomiques dues à la congestion. Exprimée en dollars constants, la congestion des routes dans la région de Montréal a englouti 841 millions en 1998, contre près de 1,3 milliard en 2003, un bond de 50% en termes réels.

Mais la situation est encore bien plus grave que ne le décrit l'étude.

L'étalement urbain figure parmi les grands responsables. Toujours entre 1998 et 2003, la population de la banlieue montréalaise a augmenté de 93 000 personnes, en hausse de 5,3%. Pendant la même période, la hausse du trafic a atteint 8%, non seulement parce que des milliers de nouveaux banlieusards utilisent leur voiture pour aller au travail, mais aussi parce que le nombre de véhicules augmente aussi dans l'île de Montréal. Bien qu'apparemment modeste, cette hausse du trafic a amplement suffi a produire le coûteux cauchemar que l'on sait, parce qu'en 1998, le réseau routier montréalais était déjà utilisé à sa pleine capacité, et que peu de nouvelles routes ont été construites.

Or, nous sommes aujourd'hui en 2009, et l'étude, comme en témoignent les chiffres que nous venons de voir, couvre la période de 1998 à 2003. Même si elle vient d'être publiée, ces données remontent à six ans. Et il se trouve que, depuis six ans, la croissance démographique en banlieue s'est poursuivie, et à un rythme encore plus rapide qu'entre 1998 et 2003.

Entre 2003 et 2008, dernière année complète pour laquelle on dispose de statistiques, la population de la banlieue est passée de 1,86 million à un peu plus de 2 millions de personnes, une hausse de 153 000 ou 8,2%. Hausse, donc, beaucoup plus forte qu'au cours des cinq années précédentes. On peut facilement tenir pour acquis que le nombre de véhicules a également augmenté dans l'île de Montréal. La hausse du trafic depuis 2003 pourrait très bien friser, voire dépasser, la barre des 10%,

Les projets routiers mis en chantier depuis cinq ans dans la région de Montréal sont nettement insuffisants pour satisfaire cette explosion de la demande.

L'étude du Ministère est extrêmement minutieuse. Ainsi, pour calculer la valeur du temps perdu par les automobilistes, on tient compte, entre autres variables, des revenus personnels, de la fréquence et de la durée des bouchons et des ralentissements, de la distribution des retards durant les périodes de pointe. Les auteurs ont aussi mis au point des formules complexes pour établir les coûts additionnels dus à l'usure des pneus, la dépréciation du véhicule, les coûts d'entretien et de réparation et la consommation de carburant et de lubrifiant.

Il est évidemment impossible d'obtenir un volume aussi considérable de données pointues pour 2008, et c'est pour cela que le rapport est publié avec des années de décalage.

N'empêche: la spectaculaire croissance démographique de la banlieue depuis cinq ans permet d'affirmer, sans l'ombre d'un doute, que la situation actuelle est encore pire que l'enfer décrit par mon collègue Bruno Bisson.

Même si nous ne connaissons pas encore les chiffres, on peut certainement avancer, de façon très prudente, que les pertes dues à la congestion routière à Montréal frisent actuellement les 2 milliards.

Le gros de ces pertes est assumé par les automobilistes sous forme de temps perdu, mais tout le monde y perd au change, ne serait-ce que par les tonnes d'émissions supplémentaires de monoxyde de carbone et autres cochonneries.

Si la situation s'est dégradée depuis cinq ans, il y a par contre des raisons d'être optimiste à plus long terme. «Les choses changent», observe l'ingénieur Pierre Tremblay, spécialiste de la question au ministère des Transports. «De plus en plus de travailleurs, avec l'accord des employeurs, modifient leurs heures de travail; le télétravail gagne en popularité; il se crée aussi des emplois en banlieue, de sorte que des milliers de banlieusards ne participent pas à la congestion en se rendant au travail; le vieillissement de la population contribue à réduire la population active et donc à diminuer le trafic aux heures de pointe; les autorités investissent beaucoup dans le transport en commun.»

Tout cela aura certainement pour effet, éventuellement, de réduire la pression sur le réseau routier montréalais.

Mais cela prendra beaucoup de temps, et entre-temps, il y aura largement de quoi mettre les nerfs des automobilistes à rude épreuve.

 




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