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Les libéraux dans le rouge

Vincent Marissal
La Presse

À en juger par les nombreuses réactions d'incrédulité observées ces derniers jours, la perspective de nouvelles élections fédérales à l'automne n'enchante personne. Pourtant, vaudrait mieux vous y faire...

Il suffit de suivre Stephen Harper à la trace depuis quelques semaines et d'additionner les millions en annonces de toutes sortes pour se convaincre que les conservateurs préparent, encore une fois, le terrain électoral.

Lorsque le premier ministre se rend lui-même au Nouveau-Brunswick pour annoncer la construction d'un bout de route, comme il l'a fait la semaine dernière, ce n'est pas seulement pour tromper l'ennui d'une semaine de congé aux Communes. C'est pour se faire voir avec un gros chèque et pour parler de création d'emplois.

Hier, M. Harper est allé faire un tour au Manitoba, dont les pieds baignent dans l'eau de la rivière Rouge comme tous les printemps, question de manifester un peu d'empathie. Ça fera de belles images, au cas où.

Au Québec, le ministre-lieutenant de M. Harper, Christian Paradis, s'active lui aussi beaucoup sur la place publique depuis quelques semaines. Malheureusement pour lui, une grande partie de ses efforts (et personne ne pourra dire que M. Paradis ne travaille pas fort) a été effacée à cause de cette bête décision (finalement renversée) de son gouvernement de couper la subvention de 325 000 $ à l'observatoire du mont Mégantic, situé, justement, dans la circonscription du ministre.

Si les conservateurs étaient aussi doués pour gagner des votes avec leurs décisions qu'ils le sont à en perdre, il y a longtemps que Stephen Harper dirigerait un gouvernement majoritaire.

Les libéraux s'agitent aussi ces temps-ci. En plus d'élaborer les prochains thèmes électoraux, notamment la culture et la recherche (avec Marc Garneau, un porte-parole crédible et populaire), ils tentent de mettre tous les morceaux en place en vue d'une campagne automnale.

Le recrutement est plus facile sous Michael Ignatieff, c'est l'évidence. On dit même que certains libéraux provinciaux pourraient passer à l'ouest aux prochaines élections.

Pour le fric, toutefois, c'est beaucoup plus ardu, même dans les «bonnes» circonscriptions.

Dans Laval-Les Îles, par exemple, la députée Raymonde Folco (élue depuis 1997) traîne une dette de campagne de 57 000$, une somme « énorme » selon d'autres députés libéraux.

En fait, pour être exact, Mme Folco a bel et bien dû emprunter personnellement pour financer ses dernières campagnes, mais c'est plutôt l'association de comté de Laval-Les Îles qui doit maintenant cette somme à la députée. Dans une manoeuvre qui a provoqué mécontentement et surprise au Parti libéral, Mme Folco a en effet «transféré» la responsabilité de ses dettes de campagne à son association.

Il n'est pas rare que les candidats contractent des emprunts pour mener leur campagne, mais normalement, ils organisent des collectes de fonds dans leur circonscription pour rembourser leurs dettes. La situation de Mme Folco est inusitée puisqu'un député devrait, même en période difficile, être en mesure d'éponger ses dettes entre les campagnes. Surtout dans une circonscription sûre.

Le lieutenant du nouveau chef libéral Michael Ignatieff, Denis Coderre, a indiqué il y a quelques semaines qu'aucun candidat n'aurait de passe-droit pour se présenter, pas même les députés sortants, et qu'ils devront répondre à certaines exigences.

Les libéraux sont aussi dans le rouge à l'autre extrémité de Laval, dans la circonscription d'Alfred-Pellan, détenue par le Bloc depuis 2004. L'association libérale locale traîne une dette de 43 000$ laissée par l'ancien candidat, Jean-Claude Gobé, au terme de la campagne de 2006. Cette situation avait amené Élections Canada à radier l'association d'Alfred-Pellan et le PLC a dû en créer une nouvelle pour présenter un candidat en octobre.

Rebelote, le candidat en question, Wilson Saintelmy, affirme avoir dépensé 50 000$ de sa poche et traîne toujours une dette de campagne d'environ 30 000$.

«Je vais organiser des activités de financement pour payer mes dettes, mais je ne payerai pas les dettes laissées par les autres avant moi, ça c'est au Parti de décider ce qu'il fera avec», m'a expliqué M. Saintelmy au téléphone la semaine dernière.

La grande majorité des associations libérales au Québec ne sont pas dans la dèche comme celles de Laval-Les Îles ou Alfred-Pellan, mais le financement reste laborieux au PLC. C'est ce qui explique, entre autres, pourquoi personne au Parti libéral ne veut parler de l'état des finances et de l'effectif.

Les libéraux, contrairement aux conservateurs, n'ont pas développé la culture du financement par la base (grass roots money, comme on dit dans l'Ouest) et ils ont encore bien du mal à s'adapter aux nouvelles règles de financement interdisant les dons des entreprises et limitant ceux des individus.

Le PLC, depuis l'arrivée de Michael Ignatieff, a mis sur pied le «Fonds de la victoire» (10$ par mois prélevés directement auprès des membres), ils ont même essayé de vendre un foulard rouge autographié par le chef à l'occasion de la Saint-Valentin, mais l'argent se fait rare.

La multiplication des campagnes électorales et à la direction, le séjour dans l'opposition et les relents des commandites ont tari les sources de financement des libéraux.

Dans le contexte, la décision de tenir le congrès à Vancouver, le mois prochain, ne fait pas l'affaire des organisateurs et des militants. «Convaincre nos membres de dépenser de l'argent pour aller à Vancouver en ce moment, c'est très difficile, surtout qu'on se prépare à de nouvelles élections», indique un responsable libéral.

En plus des frais de transport et de logement, les libéraux pourraient être invités à contribuer pour éponger ce qu'il reste de la dette de leur ancien chef, Stéphane Dion, qui sera honoré à Vancouver.

Pour Michael Ignatieff, le gros test de crédibilité au Québec viendra début juin, lors d'un cocktail de financement à l'hôtel Sheraton. Ses collaborateurs espèrent attirer 1000 personnes à 500$, soit un magot de 500 000$.

On est encore loin des records de Paul Martin, dans les belles années, qui récoltait plus d'un million en une soirée.




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