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Les bâtards de la Gaspésia

Vincent Marissal
La Presse

D'un point de vue purement économique, tous les spécialistes sont d'accord: investir massivement et urgemment des fonds publics dans des projets d'infrastructures constitue un remède efficace contre la récession.

Politiquement, toutefois, on peut se demander, à la lumière des soupçons qui pèsent sur le monde de la construction au Québec, si les milliards prévus par le gouvernement Charest ne risquent pas plutôt d'aggraver une maladie tenace qui afflige cette industrie.

 

D'ici cinq ans, le gouvernement du Québec prévoit investir 42 milliards de dollars pour la réfection des infrastructures, auxquels s'ajouteront une dizaine d'autres milliards pour le développement énergétique.

Faites le calcul: plus de 50 milliards en cinq ans, 10 milliards par année (presque un milliard par mois!) à dépenser au plus sacrant pour relancer l'économie. Tout un party pour le monde de la construction. Ce sont les contribuables, toutefois, qui risquent de se réveiller avec un méchant mal de tête.

Avant de pondre en catastrophe des projets d'une telle envergure, peut-on, au moins, s'assurer que nous ne nous retrouvions pas dans deux, cinq ou 10 ans, avec une portée de bâtards de la Gaspésia?

Avant d'ouvrir les vannes, le gouvernement a le devoir de veiller à l'intégrité des institutions, des entreprises et des individus avec qui il fait affaire et de mettre en place un contrôle des coûts des grands chantiers.

Les enquêtes de police, les perquisitions, les révélations troublantes, les liens louches avec le crime organisé et les notes de frais extravagantes ne sont pas de nature à rassurer la population.

Ajoutez à cela les liens incestueux entre le bras (sans vilain jeu de mots) syndical de la construction à la FTQ et son bras financier (le Fonds de solidarité), et vous aurez encore d'autres raisons de douter.

On a vu, avec le fiasco de la Gaspésia, quel genre de désastre financier peut donner la trop grande promiscuité des acteurs du monde de la construction au Québec, dans ce cas précis, les liens entre FTQ et Fonds de solidarité de la FTQ.

Le juge Lesage, qui a présidé en 2005 une commission d'enquête sur cette catastrophe financière de quelque 200 millions, avait recommandé au gouvernement Charest de confier à un comité d'experts indépendants le mandat d'évaluer la rentabilité des grands projets d'investissements publics. Québec n'a pas donné suite, toutefois. Le ministre du Développement économique de l'époque, Claude Béchard avait déclaré que «les promoteurs avec qui le gouvernement pourrait s'associer dans de grands projets ne désiraient pas être soumis aux conclusions d'un comité d'experts».

Écartée il y a quatre ans, la recommandation du juge Lesage est toujours d'actualité.

Surtout que le gouvernement Charest vient de lancer en catastrophe dans son dernier budget deux nouveaux fonds d'urgence avec, comme partenaire principal, le Fonds de solidarité de la FTQ. Le Fonds investira 250 millions dans un fonds d'urgence pour la relance des entreprises (avec la SGF) et 250 millions dans un fonds de capital de risque (avec la Caisse de dépôt).

Bien sûr, le Fonds de solidarité de la FTQ n'est pas accusé de quoi que ce soit, mais les événements des derniers jours devraient allumer quelques voyants rouges à Québec. Si la police débarque chez votre voisin, ressort avec une pile de documents et que celui-ci vous explique avec un sourire nerveux qu'il est heureux de collaborer à une enquête, vous aurez quelques doutes. Surtout si votre voisin a des fréquentations douteuses.

Hier, le gouvernement Charest marchait sur des oeufs, insistant pour dire que «tout n'est pas pourri dans le monde de la construction». Le premier ministre se dit prêt à s'adapter selon les résultats des enquêtes policières. Son ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, se dit inquiet. On le serait à moins.

Pour le moment, toutefois, aucune mesure particulière n'est envisagée pour s'assurer que la manne des infrastructures soit dépensée proprement.

Pourtant, si les conclusions de 2005 du juge Lesage, et même celles du juge Cliche 30 ans plus tôt, sont toujours aussi pertinentes aujourd'hui, c'est que le milieu de la construction semble avoir bien du mal à se corriger.

Selon des sources du monde de la construction, ce sont toujours les mêmes entreprises qui ramassent les gros contrats. Dans le milieu, on parle même du «Fab-14» (jeu de mots douteux en référence aux Fab-4, les Beatles), soit 14 gros entrepreneurs qui se partagent presque systématiquement les gros gâteaux. La FTQ, avec son bras syndical d'un côté et son bras financier de l'autre, est incontournable, dit-on aussi.

Est-ce normal, le Québec étant somme toute assez petit? Ou s'agit-il d'une espèce de club privé des gros acteurs du milieu de la construction, qui s'«arrangent» entre eux, avec la bénédiction du plus gros syndicat, la FTQ et de sa «banque», le Fonds de solidarité.

Paranoïa? Théorie du complot? Sans accuser personne, disons simplement que le passé devrait, à tout le moins, nous inciter à la plus grande prudence quand il est question de grands chantiers, d'argent public et de syndicats de la construction.

Et à la plus grande transparence, y compris pour les membres du gouvernement Charest. Hier, le ministre du Travail, David Whissell, a dégonflé une rumeur qui courait depuis quelques semaines en affirmant ne jamais être allé sur le bateau de Tony Accurso, un des plus importants entrepreneurs en construction du Québec.

M. Whissell admet toutefois «avoir croisé à certaines occasions» Tony Accurso, refusant toutefois de préciser où et quand.

En politique, ce que l'on ne dit pas est presque toujours pire que ce que l'on dit.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca

 




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