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Irez-vous à pied ou en vélo?

Alain Dubuc
La Presse

Le lancement des appels d'offres pour la construction du Centre hospitalier de l'Université de Montréal a été critiqué de toutes parts, par les médecins qui le trouvent trop petit, par les nostalgiques du site d'Outremont, par les croisés de la grande guerre contre les PPP, par les anglophobes qui ne veulent qu'un seul gros hôpital à Montréal. Le CHUM est un catalyseur social, une espèce d'aimant qui attire toutes les causes.

Mais de tous les débats provoqués par le CHUM, le plus étrange, c'est l'émoi suscité par le fait que, dans sa nouvelle mouture, le CHUM compterait 2052 places de stationnement plutôt que les 1150 prévues à l'origine. Cela a provoqué un grand malaise chez les gardiens de la rectitude environnementale.

 

Il est vrai que l'utilisation massive de l'automobile est un fléau. Il faut donc prendre les moyens pour réduire son utilisation en général et pour restreindre sa présence dans les centres-villes congestionnés. On peut y parvenir en proposant des solutions alternatives, comme le vélo, le covoiturage ou les transports en commun, ou encore avec des mesures dissuasives, comme les péages. On peut aussi préférer une approche plus soviétique qui consiste à rendre la vie impossible aux automobilistes; d'où les batailles pour réduire les places de stationnement.

Ce combat contre l'auto est nécessaire, mais il doit se faire intelligemment, en choisissant les bonnes cibles. Pas par réflexe conditionné. Si on se sert un peu de sa tête, et de son coeur, on verra bien que dans le cas d'un hôpital universitaire, la bataille pour réduire l'utilisation de l'automobile frise l'absurde.

Le maire Gérald Tremblay, interpellé sur la question, a dû s'expliquer: «On peut très bien comprendre que, dans les circonstances, et surtout avec un centre hospitalier universitaire, il y ait des gens pour qui c'est plus difficile de venir en métro, en bicyclette ou de marcher.»

Difficile? Effectivement, une femme enceinte qui a commencé ses contractions trouvera difficile de se rendre à l'hôpital en métro. La marche est difficile pour des parents avec un bébé que son otite fait hurler. Un vieux monsieur qui souffre d'emphysème trouvera difficile de pédaler.

Ce qui définit les hôpitaux, c'est l'urgence des situations et la vulnérabilité des clientèles. Des gens malades, souvent âgés, fragilisés, pour qui, par définition, les transports en commun ne sont pas souhaitables. Sans parler du vélo durant les mois d'hiver. En plus, le CHUM n'est pas un hôpital de proximité, il dessert un vaste territoire: pour tous ces gens, l'automobile est la meilleure, sinon la seule solution. C'est également vrai pour l'autre clientèle des hôpitaux, les visiteurs.

Il y aura aussi des besoins du côté du personnel. Des médecins qui doivent circuler d'un endroit à l'autre au cours de la journée. Des employés qui travaillent jour et nuit, souvent quand les transports en commun ne sont pas disponibles. Voilà pourquoi il faudra, que l'on aime ça ou non, accepter que l'auto reste une solution. Et donc que ça prend des espaces de stationnement.

Le sujet peut sembler bien futile à côté de grands «débats de société» comme le recours aux PPP, sur lequel on gaspille un temps fou. Mais le ce dossier, en apparence mineur, nous dit bien des choses.

D'abord, sur le processus de planification. Comment se fait-il que, dans un premier temps, on ait prévu presque deux fois moins de places de stationnement que nécessaire? Ensuite sur les priorités. Si on restreint le stationnement, qui seront les premières victimes? Les clients. Ce qui nous rappelle, encore une fois, que dans nos grands débats sur la santé, les grands oubliés sont invariablement les patients.

 




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