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Pas encore!

Cela fait un petit moment que les analystes financiers évoquent la possibilité qu'Air Canada entreprenne une autre restructuration pénible. Mais il semblait tellement inconcevable que le transporteur en revienne là, seulement cinq ans après avoir traversé cette épreuve, que tout le monde a joué à l'autruche.

Revivre les mêmes mélodrames pendant 18 mois? Pas possible.

C'est pourtant ce qu'annoncent le départ de Montie Brewer et surtout l'arrivée de Calin Rovinescu à la présidence du transporteur montréalais. Cet avocat d'affaires est bien connu chez Air Canada, où il a travaillé de 2000 à 2004. La restructuration qu'il a pilotée avec Robert Milton a depuis longtemps éclipsé sa victoire contre Onex à l'époque où le conglomérat torontois avait tenté de ravir le contrôle d'Air Canada. Pour les employés, Rovinescu, c'est l'exécuteur des basses oeuvres.

 

Il y a sans doute une part d'intimidation dans le retour de Calin Rovinescu. Les contrats de travail des employés, qui avaient consenti d'importants sacrifices pour renflouer le transporteur en 2003, expirent fin juin.

Mais le fait est que, si Air Canada se dirige vers une autre restructuration judiciaire, il n'y a personne qui soit plus calé que lui pour la négocier - à part Robert Milton, qui a une envie farouche de passer à autre chose.

Or, Air Canada semble bel et bien en perdition. Fin 2008, Air Canada n'avait plus que 1 milliard de dollars en liquidités. Cela peut sembler rassurant, mais comme Air Canada a vendu pour 1,3 milliard de billets d'avions, elle se trouve à avoir pigé dans ses revenus futurs pour financer ses dépenses actuelles.

La dette de l'entreprise s'élevait à 10,4 milliards, dont 3,9 milliards vient à échéance à court terme. En se référant à sa dette nette ajustée, un concept comptable de son cru, Air Canada calcule avoir besoin de 663 millions pour faire face à ses obligations cette année.

Cela, c'est en plus de ses dépenses courantes. Il y avait pour 1,4 milliard de comptes à payer aux fournisseurs, tandis qu'Air Canada s'attendait à recevoir 700 millions de dollars.

La compagnie aérienne est aussi aux prises avec un lourd déficit actuariel de 3,2 milliards de ses régimes de retraite. Déficit que l'entreprise doit renflouer, malgré les appels au secours lancés à Ottawa.

Au final, Air Canada était dans le trou de près de 1,5 milliard au 31 décembre. (Les poètes parleront d'un fonds de roulement négatif.) Laid.

Comme tous les transporteurs, Air Canada a fait face à la flambée du carburant. Comme tous les transporteurs, Air Canada fait face au ralentissement de l'économie, qui a réduit les déplacements en avion.

Là où le bât blesse, c'est qu'Air Canada ne cesse de perdre du terrain au profit de son concurrent WestJet, qui occupe environ 36% du marché canadien. Air Canada se bat pour conserver sa part de 57%. Mais ce sera d'autant plus difficile que le transporteur montréalais réduit sa capacité sur les vols intérieurs tandis que WestJet augmente la sienne.

Au-delà des guerres de prix, il y a deux bonnes raisons à cette érosion, raisons qui ont échappé à Montie Brewer. Les employés de WestJet ont le moral et le service à la clientèle du transporteur de l'Ouest est meilleur.

Flash-back. Les investisseurs qui ont pris le contrôle d'Air Canada en 2004 par l'entremise du holding ACE Aviation ont élagué Air Canada en vendant tout ce qu'ils pouvaient. Exit le programme de fidélisation Aéroplan, le transporteur régional Jazz.

Air Canada ne conserve plus qu'une participation minoritaire (28%) dans Aveos, son ancienne division des services techniques. Ainsi, le transporteur montréalais a été réduit à sa plus simple expression dans un exercice de réingénierie financière à courte vue.

Pendant ce temps, la direction d'Air Canada a investi dans son parc aérien et revu tant ses systèmes de gestion que sa façon de fixer les tarifs. Mais dans tout cela, l'entreprise a perdu de vue l'essentiel: son personnel et surtout ses clients. À force de presser le citron des employés, à force de faire rager les voyageurs, Air Canada a passé le point de rupture.

Le transporteur aurait pu profiter des bonnes années pour rétablir les ponts avec les employés, dont plusieurs sont aigris. Il ne l'a pas fait et en paye aujourd'hui le prix.

Montie Brewer a semblé se réveiller en février. Dans une note de service aux employés, il écrivait que le service à la clientèle est le nerf de la guerre du succès dans le futur... Il aurait tout aussi bien pu ajouter du passé!

(Il est d'ailleurs ironique que, dans l'une de ses premières décisions, hier, Calin Rovinescu ait nommé Duncan Dee chef de l'exploitation d'Air Canada. Ce dirigeant qui était responsable de l'«expérience client» avait quitté l'entreprise en décembre, en raison d'un différend profond avec Montie Brewer.)

Air Canada, qui avait fini par se débarrasser de haute lutte des Lignes aériennes Canadien International, se retrouve aujourd'hui avec un concurrent qui est devenu aussi dérangeant.

Or, même si Air Canada se lance dans une restructuration judiciaire, il n'est pas dit que l'entreprise sera mieux placée pour rivaliser avec WestJet. Au contraire.

Le transporteur montréalais n'a presque plus rien à vendre. Et il n'arrivera pas à se délester de ses obligations envers ses employés et ses retraités à moins de changer en profondeur ses régimes de retraite, ce qui déclenchera une guerre à la vie à la mort avec les syndicats. Beau programme.

Le Canada est peut-être trop petit pour deux grands transporteurs. Sauf que cette fois-ci, c'est Air Canada qui paraît le plus encombrant.

 




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