La semaine dernière, le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, a livré à Laval son premier discours d'envergure destiné aux Québécois. Son entourage en avait signalé l'importance à la presse. Les commentateurs sont restés sur leur faim.

André Pratte LA PRESSE

M. Ignatieff n'a pas fait de promesses concrètes ou originales. Il s'est contenté de présenter des orientations générales et de dénoncer le gouvernement en place.

 

Le leader libéral ne s'est pas engagé à rouvrir le dossier constitutionnel. Il n'a pas non plus promis de céder davantage de pouvoirs ou d'argent au gouvernement du Québec. Pour certains, l'absence de tels engagements enlevait tout intérêt à son discours. La seule mesure d'un leader fédéral n'est-elle pas ce qu'il peut faire «pour le Québec»?

Sans nier l'importance d'une évolution du fédéralisme respectueuse de la spécificité du Québec, il faut se demander si, aujourd'hui, la question constitutionnelle est vraiment le critère principal des Québécois quand vient le temps de jauger les mérites d'un chef fédéral. Ne souhaitons-nous pas surtout que le gouvernement du Canada adopte une politique étrangère fidèle à nos valeurs? Une politique économique qui assure la prospérité de tout le pays en même temps qu'une plus grande justice sociale? Une politique audacieuse de développement durable? En d'autres termes, ne faudrait-il pas élargir nos horizons et nous demander ce qu'un parti fédéral peut faire pour le Canada?

L'automne dernier, l'électorat québécois a montré que l'attitude du gouvernement fédéral à l'endroit de la province n'était pas son seul standard. Le cabinet de Stephen Harper a eu beau reconnaître la nation québécoise et augmenter les transferts versés au Québec, les Québécois ne lui ont pas accordé leur confiance. L'approche des conservateurs en matière de culture, de justice, d'environnement et de relations internationales a pesé plus lourd.

Or, sur ces questions, Michael Ignatieff a présenté il y a huit jours un programme susceptible de plaire à un grand nombre de Québécois:

- «une politique étrangère indépendante»;

- un Canada qui redevient «champion des droits humains»;

- «une économie durable», etc.

La philosophie du chef libéral sur la question identitaire n'a pas été suffisamment remarquée. Cette philosophie est pourtant riche de possibilités en ce qu'elle promet de réduire les déchirements et encourage la contribution originale des Québécois au projet canadien. «Vous pouvez être fiers d'être Québécois et Canadiens en même temps, dans l'ordre que vous voulez, a dit Michael Ignatieff. D'autres veulent vous pousser à faire un choix ultime entre vos appartenances. Un choix que la majorité des Québécois ont refusé - et continueront à refuser - de faire. Nous vous offrons la liberté d'appartenance.»

Depuis l'élection de Barack Obama, on parle beaucoup de la nécessité d'un nouveau leadership. Le temps dira si Michael Ignatieff est en mesure de satisfaire la soif des Canadiens pour ce que lui-même appelle un «leadership d'inspiration». Une chose nous paraît claire: si les Québécois souhaitent qu'un leadership inspirant émerge sur le plan canadien, il leur faudra sortir des ornières que leur ont tracées leurs élites depuis la Révolution tranquille.