Depuis la publication par La Presse d'informations selon lesquelles le Canadien de Montréal pourrait être à vendre, des commentateurs et des politiciens se sont demandé si la Caisse de dépôt et placement du Québec ne devrait pas s'intéresser à l'équipe.

André Pratte LA PRESSE

La chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a reproché mercredi au gouvernement de faire preuve d'indifférence dans ce dossier: «La ministre des Finances et le premier ministre préfèrent investir dans des aéroports à Londres qui font faillite plutôt que d'investir dans le Canadien de Montréal?»

 

Notre bas de laine devrait-il investir dans la sainte Flanelle? Surtout pas!

La crédibilité de la Caisse de dépôt a été mise à mal au cours des derniers mois. Nombreux sont ceux qui lui ont reproché d'avoir pris trop de risques. Et on voudrait maintenant qu'elle investisse dans une équipe de hockey!

Si la CDPQ devenait l'un des propriétaires de l'équipe, elle se trouverait mêlée aux controverses qui agitent continuellement le Canadien. On imagine les questions qui seraient posées au pdg et au gouvernement:

pourquoi la Caisse conteste-t-elle l'évaluation municipale du Centre Bell?

les joueurs devraient-ils recevoir des sommes aussi faramineuses?

le capitaine ne devrait-il pas parler français?

et, tant qu'à y être, pourquoi ne pas faire jouer davantage Guillaume Latendresse?

La Caisse de dépôt n'a surtout pas besoin de telles distractions.

Certains rappellent le prêt de 140 millions consenti à George Gillett par la Caisse en 2001. Ce prêt a été remboursé et la Caisse a empoché des intérêts substantiels. «Le premier ministre peut-il nous dire pourquoi des Québécois ne pourraient pas profiter du soutien de la Caisse pour acheter l'équipe, comme ce fut le cas pour M. Gillett en 2001?» a demandé Mme Marois.

La chef du PQ était alors ministre des Finances. À l'époque, elle n'a pas réprouvé ce prêt versé à un Américain, pas plus que son premier ministre, Bernard Landry, qui y était allé de ce commentaire digne de l'émission 110%: «Aujourd'hui, j'ai la profonde tristesse de voir que le poids corporel a l'air plus important pour le triomphe de l'athlète que son poids intellectuel. Plusieurs Québécois et Québécoises, comme moi, se sont un peu désintéressés de ce style de jeu, mais, comme les Américains, eux, ont l'air à aimer ça, bien, c'est les Américains qui ont acheté.»

Si des acheteurs québécois demandaient à la CDPQ de leur prêter une partie de la somme requise, devrait-elle dire oui? Le prêt accordé à M. Gillett était garanti par Molson; le risque pour la Caisse était donc minime. L'éventuel consortium québécois pourrait-il offrir des conditions aussi avantageuses? Et s'il le pouvait, pourquoi une institution financière privée ne sauterait-elle pas sur l'occasion?

La Caisse de dépôt et placement du Québec n'a pas pour mandat de sauver les institutions québécoises, aussi glorieuses soient-elles. Le club de hockey Canadien s'est passé du soutien de l'État pendant le premier siècle de son existence. Il devrait en être de même au cours des 100 prochaines saisons. Même s'il n'y en aura pas de facile...

apratte@lapresse.ca