Étranglé par la crise, George Gillett songe à se départir du Canadien. L'occasion est belle de ramener l'équipe entre les mains d'intérêts québécois. Mais pas à n'importe quel prix.

Jean-Pascal Beaupré LA PRESSE

En 2001, lorsque M. Gillett avait mis le grappin sur le Tricolore, les acheteurs potentiels ne s'étaient pas bousculés aux portes de Molson. La bulle technologique venait d'éclater. Les marchés financiers dégringolaient. Les performances du Canadien sur la patinoire étaient médiocres. Les salaires versés en dollar US coûtaient une fortune aux équipes canadiennes en raison de la faiblesse du huard. Les investisseurs québécois et canadiens s'étaient finalement montrés frileux et avaient passé leur tour.

 

M. Gillett, lui, avait flairé la bonne affaire. Grâce à un prêt de la Caisse de dépôt, il a acquis 80,1% du Canadien, et obtenu le Centre Bell en prime, pour 275 millions.

Depuis qu'il en est devenu propriétaire, l'homme d'affaires américain a fait la démonstration que le Canadien pouvait être rentable... même si son équipe n'est jamais passée près de gagner la Coupe Stanley. Selon la revue Forbes, la valeur de la franchise a grimpé de 18% l'an dernier pour atteindre 334 millions US, la troisième en importance de la LNH.

On s'entend, le Canadien n'est pas n'importe quelle entreprise. Les Québécois y sont viscéralement attachés. Rien - sauf la Coupe! - ne ferait plus plaisir aux centaines de milliers d'inconditionnels de la sainte Flanelle que la propriété de l'équipe centenaire retourne en sol québécois.

Les prétendants d'ici, aux reins assez solides pour s'offrir le Canadien en cadeau tout en y voyant une judicieuse occasion d'affaires, pourraient être plus nombreux qu'en 2001. Le milliardaire Guy Laliberté a récemment empoché 600 millions en vendant 20% du Cirque du Soleil. C'est un investissement qui est également à la portée de la bourse de René Angelil et Céline Dion. Pierre Karl Péladeau pourrait aussi être tenté d'ajouter ce joyau à l'empire Quebecor. Sans oublier Stephen Bronfman, qui avait jonglé avec l'idée il y a huit ans, et la famille Saputo, riche propriétaire de l'Impact.

Cela dit, le timing est présentement loin d'être idéal pour l'acquisition d'une équipe professionnelle. L'économie vacille. Plusieurs équipes américaines de la LNH vivotent. Or le Canadien, une des formations les plus rentables du circuit Bettman, est tenu à un partage de revenus avec les équipes les plus faibles. La crise risque de faire culbuter les revenus publicitaires la saison prochaine. Le Centre Bell fait salle comble, mais qu'en sera-t-il lorsque viendra le temps de renouveler l'abonnement des billets dans quelques mois, surtout si le Canadien est exclu des séries? Le budget loisir des amateurs tend à fondre en période de récession.

Il ne faudrait pas non plus exclure des acheteurs de l'extérieur du Québec. Bien qu'il ne soit pas dans les bonnes grâces des bonzes de la LNH, le grand patron de Research In Motion, Jim Balsillie, pourrait se manifester. Obstacle majeur: il voudra transférer la franchise à Hamilton.

George Gillett se montrera-t-il gourmand? Compte tenu d'un horizon économique fort incertain, un investisseur hésitera peut-être à se lancer seul dans une telle aventure. Mais si une alliance se dessinait au Québec?

jbeaupre@lapresse.ca