Le projet de l'échangeur Turcot peut-il évoluer? Est-il permis de croire que Transports Québec sera sensible aux propositions qui pourraient faire de cette gigantesque infrastructure une construction du XXIe siècle?

Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

De nombreuses critiques ont été exprimées depuis l'annonce de la réfection de l'échangeur Turcot. La plus virulente a été émise la semaine dernière lorsqu'un groupe d'experts, regroupés sous la bannière Table de travail Turcot (TTT), a dénoncé plusieurs aspects du futur échangeur. Les membres de la TTT (dont l'urbaniste Jean Décarie et le directeur de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, Gérard Beaudet) appuient la Ville de Montréal lorsqu'elle dit que le projet initial ne tient pas compte des principes contenus dans son plan de transport.

 

Les membres de la TTT vont plus loin encore et souhaitent qu'on recommence le processus de consultation. Ils aimeraient que Montréal adopte un mégaplan particulier d'urbanisme lui permettant d'assumer le leadership du projet.

Leurs propositions risquent de tomber à plat. En effet, depuis le début, on insiste sur l'urgence de commencer les travaux au nom de la sécurité des automobilistes. L'échangeur actuel tombe en ruine et, il y a quelques mois à peine, certaines voies étaient fermées pour éviter des accidents.

La question est la suivante: entre le désir de bâtir un échangeur d'envergure et l'urgence d'agir, est-il possible d'espérer voir le projet s'améliorer? À moins que tout soit joué?

Prenons l'idée d'abaisser l'échangeur sur des talus, par exemple. D'un côté, les ingénieurs privilégient cette option pour son aspect sécuritaire (on évite l'effondrement potentiel). On dit aussi que les talus verdiront le secteur. Les opposants au concept soutiennent pour leur part que l'emprise au sol, très large, forcera la démolition et l'expropriation en plus de créer des enclaves dans le quartier. Les deux positions méritent d'être expliquées et débattues.

Il y a aussi la question du design. Pour plusieurs, parler de design lorsqu'il est question d'un échangeur relève pratiquement de la frivolité. Mais un échangeur doit-il obligatoirement être laid? Pourquoi ne pas se soucier de l'esthétisme d'une méga-structure qui fera partie du paysage montréalais pour des décennies à venir?

En fait, la réfection de l'échangeur Turcot est l'occasion de mettre en pratique tous les beaux discours des dernières années sur le design, l'aménagement urbain et le développement durable. Nos élus vont souvent en tournée à l'étranger et reviennent emballés, citant en exemple le tramway de Lyon, le plan d'urbanisme de Strasbourg, l'approche écologique de la Suède. Pourquoi n'aurions-nous pas droit, nous aussi, à des projets novateurs et exemplaires qui feraient l'envie des autres villes? Pourquoi se contenter d'un projet ordinaire? Nous voici face à une occasion en or de faire quelque chose de bien et il semble qu'on veuille passer à côté de cette formidable occasion.

À compter de mardi débute la période d'information et de consultation publiques du BAPE. Le public pourra consulter le projet et les études d'impact du projet de réfection. S'il y a une demande en ce sens, le BAPE tiendra ensuite des audiences publiques au cours desquelles les citoyens pourront s'exprimer. Ce sera l'occasion d'exiger un échangeur à la hauteur de nos attentes.