Soumis à la consultation publique cette semaine, le projet de règlement de l'administration Tremblay sur les poêles à bois est un pas dans la bonne direction. Toutefois, il ne contribuera pas à réduire le smog hivernal dans un avenir immédiat. Les Montréalais qui éprouvent déjà des problèmes pulmonaires n'auront droit à aucun répit.

Jean-Pascal Beaupré LA PRESSE

Rendons à César ce qui appartient à César: le projet déposé par le responsable du développement durable au comité exécutif, Alan DeSousa, a ses mérites. Montréal est la première grande ville canadienne à vouloir interdire l'installation de poêles à bois dans les nouvelles constructions. Ce faisant, la Ville cherche à freiner la croissance des poêles à bois, qui a été fulgurante depuis 20 ans, au point d'être responsable de 47% des émanations polluantes en hiver.

 

Encore mieux: les propriétaires qui souhaiteront changer leur poêle à bois devront choisir une option plus écologique (gaz, électricité, granules). L'impact sur la qualité de l'air demeurera tout de même minimal. Ce n'est pas demain que le nombre de poêles chutera de façon sensible dans la métropole.

Le chauffage au bois fait partie de nos habitudes ancestrales. Quoi de mieux qu'un bon feu de foyer au bois naturel: l'odeur, les flammes qui crépitent, la douce chaleur qui nous réchauffe... ça nous rappelle les feux de camp de notre jeunesse. On apprécie son côté romantique. On a du mal à s'imaginer qu'il peut être néfaste pour notre santé. Et pourtant.

Les poêles à bois et les foyers sont réputés nocifs parce qu'ils émettent de très fines particules qui se logent dans les poumons. Neuf heures d'utilisation équivalent aux émissions d'une auto pendant une année complète. Le département de la santé publique soutient que 1500 Montréalais meurent prématurément en raison de la pollution atmosphérique.

L'île de Montréal connaît environ 60 journées de smog par année. Chaque fois, ce sont les enfants, les personnes âgées et les adultes asthmatiques qui écopent. Le DSP et les environnementalistes ont raison de sonner l'alarme. Mais la Ville de Montréal ne se sent pas prête à aller aussi loin que d'interdire l'utilisation des poêles à bois, préalable à une amélioration marquée de la qualité de l'air.

Si le projet de règlement montréalais peut paraître timide, que dire de l'inaction du gouvernement québécois? À l'automne, il avait dans ses cartons un projet de loi interdisant la vente de poêles à bois non conformes aux normes de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). Des normes dépassées depuis 20 ans, estiment les écologistes.

La situation est urgente, mais la population commence tout juste à être sensibilisée aux effets pernicieux des poêles à bois. Des incitatifs deviennent nécessaires pour favoriser le remplacement de ces poêles par des modèles peu polluants. Les gouvernements fédéral et québécois devraient y voir en mettant sur pied des programmes de subvention.

Ainsi appuyée, la Ville de Montréal serait encouragée à passer rapidement à la deuxième étape, cruciale: l'abolition pure et simple des poêles à bois sur son territoire.