Vous n'avez rien placé dans le marché des actions, et vous vous croyez donc à l'abri des chutes vertigineuses des cours boursiers?

Claude Picher
Claude Picher LA PRESSE

J'ai des nouvelles pas trop réjouissantes pour vous.

À cause de l'effondrement des marchés boursiers, chaque Canadien, homme, femme, enfant, a perdu en moyenne 14 000$ pendant les six derniers mois de 2008, alors que les Bourses étaient atteintes des turbulences que l'on sait.

 

C'est ce que nous apprennent les derniers comptes du bilan national, publiés hier par Statistique Canada.

Si vous ne détenez pas directement d'actions, vous êtes quand même présent sur le marché boursier par l'intermédiaire de votre caisse de retraite. Et même si vous n'avez pas de caisse de retraite, vous êtes également touché par la crise. La Caisse de dépôt et placement, avant la crise, avait un actif de 155 milliards; cet actif s'élève aujourd'hui à 120 milliards. La Caisse fait partie des éléments d'actif des Québécois. Ses déboires se traduisent donc par une baisse d'actif de 4700$ pour chaque Québécois.

Selon les dernières estimations du bilan national, le dernier trimestre de 2008 a été particulièrement éprouvant. Pendant cette période, la valeur nette des ménages a reculé de 4,4%. C'est la plus forte baisse trimestrielle jamais enregistrée. À elle seule, elle représente des pertes de 252 milliards, ou 8000$ par personne. Ces pertes s'ajoutent à celles du trimestre précédent (juillet, août, septembre): 184 milliards, ou 6000$ pour chaque Canadien.

Certes, on peut toujours se consoler en jetant un coup d'oeil au sud de la frontière. Les Canadiens en sont à leur deuxième repli trimestriel consécutif; les Américains, à leur sixième. Uniquement au quatrième trimestre, la valeur nette des ménages, aux États-Unis, a dégringolé de 9%, deux fois plus qu'au Canada. On peut se consoler, certes, mais pas pour longtemps: l'appauvrissement des Américains, de loin les principaux clients du Canada, ne présage rien de bon pour les exportateurs canadiens.

Les comptes du bilan national dressent, entre autres choses, un portrait de la valeur nette des ménages.

Ils englobent tous les éléments d'actif: terrains (incluant terres agricoles), bâtiments, placements (épargne, placements, caisses de retraite), moins les dettes (hypothèques, cartes de crédit, prêts personnels, etc).

À la fin de 2008, la valeur marchande nette des ménages atteignait 5500 milliards de dollars. Cela fait 165 300$ par personne, ou 330 600$ pour un couple, ou 661 200$ pour une famille de quatre. Voilà, en moyenne, ce que vous valez.

Six mois plus tôt, les montants correspondants étaient de 179 300$ (d'où la perte de 14 000$) par personne, 358 600$ pour un couple, 717 200$ pour une famille de quatre.

Si ces montants peuvent sembler élevés, c'est que vous êtes probablement plus riche que vous ne le croyez.

On considère généralement que le principal élément d'actif d'un ménage est sa résidence principale. En réalité, ses actifs financiers, si on ajoute aux dépôts bancaires les caisses de retraite, les assurances-vie et les rentes, sont encore plus importants.

Les Canadiens détiennent, en résidences (incluant la valeur des terrains) un patrimoine de 2700 milliards, ou 80 200$ par personne (320 800$ pour une famille de quatre). C'est un de rares éléments d'actif qui aient pris quelque valeur, encore que marginalement, depuis six mois. Or, les chiffres les plus récents montrent que les prix ont tendance à reculer au premier trimestre de 2009. On verra dans trois mois à quel point cela endommage le patrimoine des ménages.

Entre-temps, les propriétaires doivent assumer leurs hypothèques, soit 25 100$ par personne. La valeur marchande nette des maisons se situe donc en moyenne à 45 100$ par personne, ou 180 400$ pour une famille de quatre.

Du côté des actifs financiers, les ménages canadiens détiennent une valeur de 3700 milliards, ou 109 200$ par personne, contre 4200 milliards, ou 122 800$ par personne six mois plus tôt.

Les dépôts bancaires, les assurances-vie et les actions, placés dans des REER, des caisses de retraite ou des comptes personnels, représentent 93% des actifs financiers des ménages.

En six mois, la valeur des dépôts bancaires a augmenté de 5,4%, mais la valeur des actions a plongé de 23%. Voilà où cela fait mal.

Enfin, les dettes des ménages, autres que les hypothèques (soldes de cartes de crédit, prêts-auto, prêts bancaires) atteignent 1400 milliards, ou 14 900$ par personne (en tenant compte des hypothèques, la dette moyenne est donc de 40 000$).

14 000$

La somme perdue en six mois par chaque Canadien

165 300$

La valeur nette moyenne des actifs (placements et immobilier) de chaque citoyen

40 000$

L'endettement moyen (incluant l'hypothèque) de chaque citoyen