Faut quand même le faire: l'Impact de Montréal va attirer plus de 50 000 personnes pour un match de soccer au Stade olympique. En plein hiver.

Mis à jour le 25 févr. 2009
Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Souhaitons que les dirigeants de la Major League Soccer prennent des notes, eux qui ont levé le nez sur la candidature de l'Impact pour la prochaine phase d'expansion de leur circuit. S'ils voulaient une preuve que les Montréalais aiment vraiment le ballon rond, ils l'ont.

Mais bon, le commissaire Don Garber et les propriétaires des équipes de la MLS étaient plus intéressés à faire une piasse rapide en fixant le prix d'une concession à 40 millionsUS, une somme exorbitante dans le contexte économique actuel. L'automne dernier, ils ont donc écarté du portrait le groupe Saputo-Gillett, qui offrait «seulement» une trentaine de millions plus un agrandissement à 20 000 places du stade Saputo.

Quelques mois plus tard, avec l'économie qui ne cesse de se détériorer, la prudence financière de l'Impact semble plus fondée que jamais. Après l'exclusion de Montréal, six villes restaient sur les rangs pour les deux franchises disponibles en vue de la saison 2011. Atlanta a depuis abandonné, la candidature de St. Louis est remise en question, tandis que le FC Barcelone n'est plus certain d'appuyer celle de Miami. Il ne reste que Vancouver, Ottawa et Portland.

Croisé au Stade olympique, hier, le président de l'Impact, Joey Saputo, avait un ton tout sauf revanchard. Mais il a quand même tourné un peu le fer dans la plaie. «Ils savent ce que Montréal pourrait amener à la MLS. Le fait qu'on attire 50 000 spectateurs en février, alors que le Dynamo de Houston (qui affrontait le FC Atlante en quart de finale de la Ligue des champions de la CONCACAF, hier) a de la misère à vendre 7000 billets, ça lance le message que Montréal est une ville de soccer.»

Il ne faut pas partir en peur, bien sûr. La popularité du match de ce soir tient en grande partie à son caractère événementiel, au prix très raisonnable des billets (un peu plus d'une quinzaine de dollars en moyenne) et à la publicité aussi gratuite qu'inespérée générée par l'incertitude qui a longtemps perduré quant à la possibilité de tenir un match hivernal au Stade olympique. Personne n'oserait prétendre que l'Impact serait capable de remplir régulièrement le Grand Bol à Taillibert.

«Nous sommes à l'aise dans notre stade de 13 000 places, où l'on joue à guichets fermés», reconnaît Saputo, sans écarter un éventuel agrandissement du stade inauguré au printemps 2008. «En été, les gens aiment être dehors et c'est mieux de jouer dehors. On joue au Stade olympique parce qu'on est en février-mars et que c'est impossible de jouer à l'extérieur. Mais je ne pense pas qu'on joue ici en septembre ou en octobre.»

Il faudra d'ailleurs voir quelle proportion des partisans réunis au Stade olympique appuiera vraiment l'Impact. On ne peut écarter la répétition du scénario observé lors d'un match qualificatif de l'équipe nationale masculine au Stade Saputo, l'an dernier. Les fans du Honduras semblaient plus nombreux et étaient assurément plus bruyants que ceux de l'équipe canadienne.

Quand même, deux ans après les foules records de la Coupe du monde U-20, Montréal est en train de se forger une belle réputation sur la scène du soccer continental. «Il ne peut pas y avoir de meilleure carte de visite pour l'Impact et le soccer québécois et canadien que le match de (ce) soir», dit le vice-président exécutif de l'Impact, Richard Legendre.

Les dirigeants de l'Impact se prennent même à rêver que le succès sportif et populaire de l'équipe rende possible la tenue à Montréal de matchs amicaux contre de grands clubs étrangers. «C'est faisable d'attirer de bonnes équipes à Montréal, car l'Impact a gagné beaucoup de crédibilité», assure Richard Legendre, qui juge que de tels matchs ne profiteraient pas seulement à l'Impact. «La promotion et le développement du soccer au Québec, c'est notre mission. Et c'est dur de faire une meilleure promotion qu'à travers l'événementiel.»

Ça ne veut pas dire que les grands clubs anglais, italiens ou espagnols sont à la veille de jouer à Montréal. Attirer Liverpool, la Juventus ou Inter, ça coûte cher. «Comme organisation, nous devons organiser des matchs amicaux avec des grands clubs, dit Joey Saputo. Mais il faut regarder l'aspect économique de l'affaire. C'est facile pour moi de dire qu'on va faire venir la Juventus pour un million de dollars, mais est-ce que ça a du sens? Serait-il profitable de faire ça?»

C'est une bonne question. Mais que l'Impact soit désormais en mesure de se la poser montre tout le chemin parcouru par cette organisation depuis sa naissance au début des années 90. Joey Saputo a de quoi être fier. Et Don Garber peut se mordre les doigts.