Il était difficile de ne pas remarquer les cernes qui creusaient le visage de Guy Carbonneau lorsqu'il s'est adressé aux médias après l'annonce de la mise à l'écart d'Alex Kovalev, mardi. Comme il était difficile de ne pas noter sa voix éteinte.

Mis à jour le 19 févr. 2009
Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Rien de surprenant à ce que Carbonneau ait l'air épuisé. La vie est dure pour un entraîneur dont l'équipe en arrache. On se remet en question. On se creuse les méninges pour trouver LA solution pour rallumer la flamme sous la marmite. On dort peu.

«Un coach s'investit tellement», me disait l'autre jour l'ancien entraîneur de l'Avalanche du Colorado et des Thrashers d'Atlanta, Bob Hartley. «On est toujours à la recherche de réponses. Je me revois à Atlanta rentrer chez moi après une défaite, fatigué et déçu, l'adrénaline dans les veines. Tu prends ta douche, tu te couches... et tu te réveilles à deux heures du matin, les yeux grands ouverts. Tu te mets à penser à de nouvelles combinaisons pour tes trios, tu te demandes pourquoi ton attaque à cinq ne fonctionne pas. C'est une machine qui n'arrête jamais.»

La responsabilité des joueurs est collective. L'attaquant qui tarde à se replier après un revirement peut toujours espérer qu'un défenseur répare sa gaffe. Le défenseur qui se fait déculotter à la ligne bleue peut s'en remettre au gardien de but. Et le gardien a ses poteaux. Demandez à Patrick Roy.

L'entraîneur a des adjoints. Mais fondamentalement, il est seul. Il porte sur lui la responsabilité de faire produire son club. «Être entraîneur, c'est vraiment dur sur le plan émotif et psychologique, dit Hartley. Tu en fais une affaire personnelle. Ou plutôt, quand tu gagnes, tu t'assures de rendre hommage aux autres, mais quand tu perds, tu penses immanquablement que c'est ton plan de match qui n'a pas fonctionné.

Mais fondamentalement, il est seul. Il porte sur lui la responsabilité de faire produire son club. «Être entraîneur, c'est vraiment dur sur le plan émotif et psychologique, dit Hartley. Tu prends tout personnel. Ou plutôt, quand tu gagnes, tu t'assures de rendre hommage aux autres, mais quand tu perds, tu penses immanquablement que c'est ton plan de match qui n'a pas fonctionné.

«Ça te gruge et ça te mine, reprend-il. Le jour d'un match, tu arrives le premier à l'aréna. Tu fais de la vidéo pour analyser les failles de l'autre équipe. Tu as des rencontres individuelles avec des joueurs. Tu diriges l'entraînement. Tu dînes et tu continues la vidéo. Le soir, tu passes trois heures derrière le banc et ton cerveau marche à fond pour ne jamais faire de mauvais changements, etc. À la fin d'une partie, tu es aussi brûlé mentalement qu'un gars qui joue 25 minutes peut l'être physiquement.»

Il faut aussi être prêt, jour après jour, à affronter les médias. À constamment expliquer et justifier ses décisions. Passe encore quand on travaille à Atlanta, où il y a de fortes chances que le journaliste (au singulier) affecté à la couverture de l'équipe ne fasse pas la différence entre un tir de barrage et un tir bloqué. C'est plus pénible à Montréal, où le moindre changement de trio fait la manchette.

Ici, les critiques tombent dru. Et à moins de ne jamais allumer la télé ou la radio, à moins de jeter au recyclage sans l'ouvrir la section des sports des journaux, un coach comme Carbonneau ne peut éviter de les entendre. Les Amateurs de sports et Ron Ron Ron, La zone, 110% et L'antichambre, les chroniques comme celle-ci, les blogues: les gérants d'estrades sont partout. «À Montréal, quand tu gagnes, la vie est très belle. Mais quand tu perds, elle est très laide», dit Hartley.

Pourtant, la responsabilité des insuccès d'une équipe est loin de toujours être attribuable aux carences, réelles ou imaginaires, de l'entraîneur. «Souvent, les réponses se situent dans le vestiaire, note Hartley, qui a perdu son emploi avec les Thrashers après que l'équipe eut perdu les six premiers matchs de la saison 2007-2008. Même avec le meilleur plan de match, si l'exécution n'est pas au rendez-vous... Le gars dont le tir passe deux pouces à côté du filet ne le fait pas exprès, mais il peut coûter le job de son coach. Mais ça ne sert à rien de brailler. C'est la dure loi du sport. Ton mandat, c'est de gérer et de faire produire des athlètes.»

Et quand la production n'est pas là, l'épée de Damoclès qui pend au-dessus de la tête de chaque entraîneur finit souvent par s'abattre. Congédié la semaine dernière, Michel Therrien était le cinquième entraîneur à perdre son emploi dans la LNH cette année.

«Tu sais que la tempête va finir par frapper, dit Hartley. Pour ça, le climat est partout pareil dans la ligue. En huit ans dans la LNH, j'ai eu un an et demi sans tempête: l'année où on a fini la saison avec 118 points au Colorado et où on a gagné la Coupe Stanley. Et il nous a quand même fallu gagner deux septièmes matchs pour y arriver!»

Alors, décourageant, le métier d'entraîneur? Pas du tout, répond Bob Hartley, qui replongerait demain matin si la bonne offre se présentait. «C'est le plus beau métier du monde, même si c'est parfois décourageant. Il faut juste comprendre qu'il n'y qu'une chose qui compte: le résultat au sifflet final.»