La nouvelle est tombée, hier, dure et menaçante: jamais, depuis un quart de siècle, les consommateurs canadiens n'ont-ils été aussi déprimés que maintenant. Tel est le résultat de l'enquête mensuelle du Conference Board sur le niveau de confiance des consommateurs.

Claude Picher

La nouvelle est tombée, hier, dure et menaçante: jamais, depuis un quart de siècle, les consommateurs canadiens n'ont-ils été aussi déprimés que maintenant. Tel est le résultat de l'enquête mensuelle du Conference Board sur le niveau de confiance des consommateurs.

Plus le niveau de confiance est élevé, mieux c'est: cela signifie que les ménages seront portés à dépenser, consommer et même faire des achats importants au cours des prochains mois. Tout cela contribue à faire tourner la roue de l'économie.

Il y a maintenant près de 50 ans que le Conference Board a entrepris de mesurer ce niveau de confiance. Pour cela, il sonde tous les mois quelque 2000 Canadiens. Avec un échantillon de cette ampleur, la marge d'erreur est de 2,2 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Les répondants sont interrogés sur leur situation financière actuelle; ils doivent aussi dire s'ils prévoient une amélioration ou une détérioration au cours des prochains mois; ils doivent aussi se prononcer sur leur perception du marché du travail, et indiquer s'ils pensent que le moment est propice ou non pour effectuer un achat important.

Ce type d'enquête ne fait pas l'unanimité chez les économistes. Certains pensent que, parce que les résultats sont largement basés sur des perceptions, ils ne reflètent pas nécessairement la réalité. En ce sens, l'indice de confiance peut difficilement être considéré comme un baromètre de l'économie.

En revanche, il présente un portrait fidèle de l'état d'esprit des ménages. Quand les travailleurs ont peur de perdre leur emploi, quand les propriétaires ont peur de perdre leur maison, quand les futurs retraités ont peur de voir leur pension charcutée, il est clair qu'on se dirige vers des jours difficiles, que ces perceptions soient fondées ou pas.

C'est pour cela que les observateurs accordent autant d'importance à l'indice du Conference Board (tout comme celui mis au point par l'Université du Michigan).

L'indice (qui a été rajusté à une valeur de 100 en 2002) a chuté de trois points en novembre, pour atteindre 71. Toutes proportions gardées, il faut remonter à la terrible récession de 1981-1982 pour retrouver un tel creux. Certes, trois points en un mois, ce n'est pas la fin du monde, mais il faut savoir que cette chute en suit une autre de 12 points en octobre. En tout, depuis un an, le recul frise les 30 points.

Ce n'est certainement pas une bonne nouvelle quand on sait que les dépenses des ménages représentent plus de 60% de l'économie.

Hier également, l'Institut de la statistique du Québec publiait ses comparaisons interprovinciales. Elles n'annoncent rien de bon. En 2008, la croissance du revenu personnel disponible par habitant se situe à 4,5% dans l'ensemble du Canada (4,3% au Québec). Le revenu personnel disponible additionne les revenus de toutes provenances (salaires, pensions, revenus de location et de placement, prestations sociales), d'où on soustrait les ponctions fiscales (impôts sur le revenu, taxe de vente, contributions sociales, impôts fonciers, taxes spécifiques).

Les prévisions pour 2009 font état de 2% seulement au Canada et 1,7% au Québec. Les Québécois peuvent toujours se consoler en pensant que l'Ontario fera encore pire, à 1,6%. C'est très faible, d'autant plus que ces hausses sont calculées avant l'inflation. À moins que ces prévisions soient revues à la hausse dans les prochains mois (ce qui semble, aujourd'hui, hautement improbable), tout indique qu'en termes réels, les Québécois, comme l'ensemble des Canadiens, s'appauvriront l'an prochain. On comprend les appréhensions des consommateurs.

Cette année, le revenu personnel disponible au Québec se situe en moyenne à 25 600$ par habitant. C'est assez loin derrière l'Ontario (28 800$) ou la moyenne canadienne (28 500$). Seule la région de l'Atlantique, avec 24 900$, est plus pauvre que le Québec, mais de peu.

Une autre façon de mesurer la richesse d'une société consiste à diviser la valeur de l'ensemble de la production (le produit intérieur brut, ou PIB) par le nombre d'habitants. Selon cette méthode, le Québec est devenu en 2007 la région la plus pauvre du Canada, et elle le demeure en 2008 avec un PIB par habitant de 39 000$, contre 43 000$ dans les provinces de l'Atlantique, 45 300$ en Colombie-Britannique, 45 900$ en Ontario et 70 000$ dans les Prairies. La moyenne canadienne est de 48 300$.

Il faut dire que le PIB des provinces de l'Atlantique a été gonflé depuis deux ans par le pétrole d'Hibernia. La chute rapide des prix pétroliers va sans doute faire retomber cette région au dernier rang en 2009. Comme quoi le PIB par habitant est une mesure à utiliser avec prudence.