C'était peut-être le moment le plus attendu de cette soirée riche en «conversations» musclées, pour reprendre l'euphémisme de l'animateur Stéphan Bureau.

Sophie Cousineau

C'était peut-être le moment le plus attendu de cette soirée riche en «conversations» musclées, pour reprendre l'euphémisme de l'animateur Stéphan Bureau.

Ce n'est pas que la Caisse de dépôt et placement du Québec soit un enjeu plus important que les listes d'attente des hôpitaux ou le surpeuplement des classes d'école. Mais depuis le début de cette campagne, c'est le seul os avec de la moelle que les chefs de parti de l'opposition ont réussi à se mettre sous la dent.

Pauline Marois et Mario Dumont n'ont pas lâché le morceau, hier soir. D'autant plus que le Globe&Mail leur a donné de formidables munitions à quelques heures du débat, en révélant que la Caisse a été contrainte de liquider des actions, dans un marché fortement baissier, pour fermer des contrats à terme qui l'exposaient à des appels de fonds supplémentaires. Il s'agirait d'opérations de couverture qui ont tourné au vinaigre en raison de la chute du dollar canadien.

Le quotidien torontois s'est peut-être trompé sur l'envergure de ce qui a toutes les apparences d'une vente de feu. Dix milliards de dollars, cela semble énorme pour une institution qui, au 31 décembre dernier, avait un actif net de 155,4 milliards de dollars, dont 56,3 milliards en actions. Mais la Caisse a fini par admettre les faits dans un courriel transmis aux médias en fin d'après-midi, tout en cachant – encore – l'importance des sommes en cause.

Mario Dumont et Pauline Marois se sont scandalisés durant le débat du fait que cette nouvelle arrive de Toronto. Mais cette information s'ajoute à la liste d'informations inquiétantes que les Québécois ont apprises par la bande depuis un an.

Il y a le congé de maladie pour surmenage du président, Richard Guay, que la Caisse a bêtement tenté de cacher, comme si personne ne s'apercevrait de son absence en pleine crise financière! Il y a les investissements astronomiques de la Caisse dans du papier commercial adossé à des actifs d'une qualité douteuse. Il y en avait pour 13,4 milliards de dollars lorsque la crise a éclaté il y a un an. Or, sur les 12,6 milliards qui restent à récupérer, la Caisse en a seulement radié, un fort petit pourcentage qui laisse craindre d'autres mauvaises nouvelles.

Bref, la crise de confiance qu'inspire la Caisse est à la hauteur de la crise financière.

Il n'y a que la transparence qui pourra y remédier. Jean Charest s'y oppose, au nom de l'indépendance politique de la Caisse – qui ne sera jamais totale, il faut bien l'admettre. Mais le premier ministre confond la reddition de comptes avec l'interventionnisme politique que prône le Parti québécois de Pauline Marois. (C'est d'ailleurs une grossièreté que d'affirmer, comme la chef du PQ l'a fait hier soir, que Jean Charest a changé le mandat de la Caisse pour l'empêcher d'investir dans l'économie québécoise!)

La transparence ne signifie pas de publier les résultats intérimaires de la Caisse en pleine campagne électorale. Il n'est pas souhaitable de changer les règles du jeu en cours de route. Et puis, il serait impossible de mettre en perspective les résultats de la Caisse avec ceux de ses pairs; tout le monde y goûte, la question étant de savoir qui s'en tire avec le moins de mal.

Mais est-ce que la Caisse devrait être plus transparente à l'avenir? Assurément. Entre la dictature des résultats trimestriels et les résultats annuels qui perdent rapidement toute pertinence dans un monde financier qui bouge à la vitesse de l'éclair, il y a une grosse marge. Pourquoi pas des résultats semestriels?

Surtout que ces temps soi-disant exceptionnels semblent là pour de bon. La culture du secret a été érigée en système à la Caisse. Ce sera au prochain premier ministre de rappeler à la Caisse que les Québécois sont en droit d'avoir l'heure juste.